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…l’Egypte en suspens (2/2)

mercredi 7 décembre 2011


Par Sophie Anmuth

Suite de l’article Tahrir en échec… (1/2)

La période de transition s’éternise. Certes, le Conseil militaire a promis de rendre le pouvoir aux civils avant fin juin. Mais qu’en sera-t-il vraiment, et qu’attendre de ces élections ?

Des élections significatives ?

Le taux de participation a été impressionnant, au premier tour de cette phase, du moins. La participation au second tour a été faible, vraisemblablement parce que ce second tour était majoritairement perçu comme donnant le choix entre deux candidats islamistes, un des Frères et un des salafistes.

Certains avaient appelé au boycott pour ne pas donner la moindre légitimité à des élections organisées par le Conseil militaire. Certains sont allés voter en noir pour protester contre les morts faits par la police parmi les manifestants de la dernière occupation de Tahrir. La durée du mandat de ce Parlement est encore inconnu ; on ne sait pas s’il ne va durer qu’à la rédaction de la Constitution. On ne sait pas encore s’il va choisir tous les membres du Conseil chargé d’écrire la Constitution ou si 80% seront choisis par le Conseil militaire.

Les Frères Musulmans plus susceptibles de s’allier aux libéraux qu’aux salafistes

Les élections sont encore loin d’être finies mais les pronostics sur le jeu des alliances au Parlement vont bon train.

Les Frères Musulmans sont réellement des politiques, et en tant que tels, ils sont pragmatiques. Le secrétaire général des Frères Musulmans, Mahmoud Hossein, par exemple, a indiqué lundi que la confrérie ne cherchait nullement l’établissement d’un Etat islamique, et que, contrairement à ce que certaines déclarations des salafistes laissent présager, ils n’ont pas non plus l’intention de nuire à l’économie de l’Egypte en imposant des mesures qui feraient fuir les touristes (cf. l’interdiction du bikini…)

La peur subsiste, de voir les Frères s’allier bon gré mal gré à l’armée, dans un certain « équilibre de la terreur ». L’armée resterait au pouvoir pour contrôler les Frères. Les Frères resteraient au pouvoir comme seule opposition à une dictature militaire… Scénario catastrophe, que les déclarations de principe des Frères veulent éloigner.

Les salafistes sont tout nouveaux dans le jeu politique. Sous Moubarak, ils étaient très discrets. Dans les mois qui ont suivi le soulèvement du début de cette année, certains groupes salafistes allaient jusqu’à faire campagne contre la démocratie et la participation aux élections… Evidemment, les différences sont patentes entre les salafistes du Café Costa (des salafistes modernes, dont les barbes sont moins longues et dont les pieds les ont souvent portés aux côtés des manifestants, y compris des Coptes) et ces salafistes pur jus.

Elections à rallonge

Le processus des élections est encore long, on attend les résultats finaux du deuxième tour de la première phase des élections législatives. Il y a encore deux phases. Il faut des observateurs –des juges- en nombre suffisant pour tous les bureaux de vote, c’est pourquoi les élections ne peuvent pas se tenir dans toute l’Egypte en même temps.

Nous n’en sommes encore qu’à la première phase, c’est-à-dire que seulement un tiers de l’Assemblée vient d’être élu. Quant au Sénat, il faudra attendre le printemps prochain !

Gouvernement dans les limbes

Le gouvernement doit être enfin formé ce mercredi.

Sophie Anmuth
Freelance pour lexpress.fr au Caire début 2011, en Master de Journalisme International à Londres cette année, bientôt de retour au Caire http://twitter.com/#!/tweesop