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Tahrir en échec… (1/2)
mercredi 7 décembre 2011
Par Sophie Anmuth
En Egypte, c’est un peu la gueule de bois pour ceux qui ont cru à la force de la Révolution du début de l’année. Certes, elle a réussi à changer beaucoup de choses, et l’esprit est toujours là, mais du point de vue des élections, ce n’est pas Tahrir qui l’a remporté. Bien sûr, ce n’est pas une surprise. Reste à savoir jusqu’à quel point et à quel rythme la démocratie va pouvoir enfin s’installer.
Tahrir, ça ira, ça ira…
L’occupation de la place Tahrir au centre du Caire a pris fin lundi, la circulation reprend sur le rond-point. La décision n’a pas fait que des heureux, quelques échauffourées ont eu lieu. En tout cas, les organisations telles que le 6 Avril ou les Jeunes de Maspero se sont mises d’accord pour continuer l’occupation devant le Cabinet des ministres, pour demander la libération de tous les activistes politiques, et bien sûr pour faire pression sur le Conseil militaire pour la formation du gouvernement. La détention du bloggeur Alaa vient encore d’être prolongée. Celle de Maïkel Nabil aussi.
Le sit-in demandait au départ un engagement sur le calendrier du transfert du pouvoir aux civils, ce qui est fait, et un conseil présidentiel civil pour la période de transition, ce qui n’est pas fait.
Tahrir n’est pas l’Egypte
Tahrir ne représente pas l’Egypte, ne cesse de dire le Conseil militaire. Pour tous les partisans de la Révolution – partisans parce qu’ils l’ont soutenue, en battant le pavé ou de leur canapé – c’est pourtant bien Tahrir –considérée comme symbole de cette Révolution qui n’était pas, on le sait, cantonné au Caire - qui est l’Egypte. Tahrir n’est peut-être pas l’Egypte telle qu’elle est maintenant, mais c’est l’Egypte de demain, et c’est déjà une partie des Egyptiens d’aujourd’hui : toux ceux, jeunes ou pas, issus d’un milieu favorisé ou pas, pour qui la liberté politique (démocratie, transparence, liberté d’expression) est la chose la plus importante, talonnée de très près par l’élévation du niveau de vie et du niveau de tolérance entre les différentes catégories de la population.
Oui, ce n’est pas l’Egypte d’aujourd’hui tout entière, avec son armée trop puissante, sa pauvreté, sa corruption et son Etat inefficace qui ont abouti au maintien d’une grande partie de la population dans des conditions de vie lamentables (du point de vue de l’éducation, de la santé) et à la montée des islamistes. Les faits divers les plus récents ont à voir avec la pauvreté : des émeutes pour des bombonnes de gaz ont fait deux morts. Ce n’est pas pour tout de suite, mais qui sait, peut-être les prochaines législatives présenteront-elles un visage plus proche de celui de Tahrir, quand les nouveaux partis auront eu vraiment le temps de recruter et de se préparer.
La Révolution continue…
Pour ce premier tiers des membres du Parlement, les résultats définitifs ont beau se faire attendre, la répartition générale des listes est déjà connue, et les partis issus de la révolution ont très largement perdu. La coalition qui la représente le plus (« la Révolution continue », « al thawra mostamerra ») a fait un très mauvais score. Certes ce mauvais résultats sont peu surprenants : manque de candidats, manque de notoriété, manque de moyens et donc pas de campagne efficace…
Les membres de cette coalition sont : la Coalition de la Révolution, le Courant égyptien, l’Alliance populaire socialiste, le Parti socialiste égyptien, Liberté Egypte, Egalité et développement, l’Alliance égyptienne. On y trouve aussi bien des très gauchistes que des libéraux ou des jeunes Frères musulmans. L’alliance n’est pas si hétéroclite qu’il n’y paraît : comme son nom l’indique, il s’agit bien de l’union de tous ceux qui ont fait la Révolution, unis par les mêmes objectifs, même si leurs origines politiques diffèrent.
Son taux national atteint à peine les 3,5%. A Assiout, elle semble avoir remporté environ 6% des suffrages. A Alexandrie la liste de la Révolution continue a obtenu environ 7% des voix. Mais à Louxor, dans le Sud, par exemple, elle est absente. A Port-Saïd, où le libéral George Ishaq, fondateur de Kefaya, a perdu, elle a obtenu moins de 2% des voix. Et au Caire, elle n’a dans l’ensemble que 3,4%.
Al Adl, parti ne apres la Revolution, et qui etait tres present pendant les manifestations presque hebdomadaires des vendredis, a fait son meilleur score au Caire, ou il n’a meme pas atteint 1,5 %.
Suite : …l’Egypte en suspens (2/2)
Sophie Anmuth, freelance pour lexpress.fr au Caire début 2011, en Master de Journalisme International à Londres cette année, bientôt de retour au Caire
http://twitter.com/#!/tweesop