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Pouvoir-Opposition : Un dialogue-bis est-il possible ?
mardi 28 février 2012
Par Cheikh Aïdara
Ceux qui faisaient semblant que le dialogue tant galvaudé par les différents acteurs de la scène nationale, et clairement contenu dans les Accords de Dakar, pouvait se réduire à ce conclave qui avait regroupé il y a quelques mois les partis de la majorité et quatre partis de l’opposition, sans les autres ténors de la Coordination de l’opposition démocratique, doivent revoir leur copie.
Le véritable dialogue ne s’est pas encore tenu. Mohamed Ould Abdel Aziz l’a si bien compris, lui qui l’avait insinué lors d’une visite prétexte à l’Hôpital Mère et Enfant. Certains partis de la majorité l’ont également compris, même si seulement trois d’entre eux viennent d’en formuler la claire réclamation.
Trois partis de la majorité viennent d’inviter, dans un communiqué conjoint en date du jeudi 23 février dernier, les acteurs politiques de la majorité comme de l’opposition à ce qu’ils qualifient de sursaut national pour sortir le pays du cycle des violences politiques, à travers un dialogue inclusif.
Ces formations jugent qu’un climat de paix et de sérénité sur la scène est primordial pour assurer la quiétude nécessaire des élections prochaines. Les trois partis en question, ADIL de Yahya Ould Ahmed Waghf, Mouvement Pour la République (MPR) de Kane Hamidou Baba et Renouveau Démocratique (RD) de Moustapha Ould Abeiderrahmane, ont ainsi décidé de coordonner leurs activités politiques en vue des futurs scrutins, tout en prenant en compte le point de vue des acteurs politiques de la majorité dans la gestion des affaires publiques.
Ces formations politiques justifient la nécessité d’unir leurs efforts pour leur combat futur, par deux facteurs : les dangers qui menaceraient le pays sur le plan intérieur, à travers les divergences politiques d’une part, et d’autre part, l’insécurité aux frontières du fait du conflit au Mali et de la crise politique au Sénégal, sur le plan extérieur.
Leurs actions se traduiraient également d’autre part, la profonde conviction qu’ils auraient du rôle central des acteurs politiques dans la consolidation de l’unité nationale, de la démocratie et du développement, mais aussi dans leur attachement au dialogue franc et ouvert en tant qu’unique modèle démocratique capable de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté.
Parmi les facteurs catalysant de leur initiative, ils citent aussi l’extrême précarité qui prévaut au niveau national, du fait de la sècheresse, et de la famine qui risque d’en résulter, l’augmentation folle des prix des produits alimentaires de base, la hausse du taux de chômage…
Bien que se déclarant satisfait des résultats du dialogue passé entre la majorité et une partie de l’opposition, notamment la création d’une commission électorale nationale indépendante, l’élargissement de la proportionnelle, l’interdiction des candidatures indépendantes et du nomadisme politique, entre autres, les trois partis cités dans la déclaration appellent cependant à un nouveau dialogue avec l’opposition démocratique pour apaiser la scène nationale avant les prochaines consultations.
Ainsi, l’idée d’un nouveau round de négociation fait son chemin malgré les susceptibilités qui le sous tendent de part et d’autre. D’un côté, la réticence d’une portion encore importante de la majorité et de l’autre, l’amour propre des quatre partis de l’opposition dialoguiste qui s’en sentiraient trahis.
Cette boule de la discorde est d’autant plus lourde à détacher des pieds des récalcitrants d’un "Dialogue Bis", que le président Mohamed Ould Abdel Aziz qui en avait exprimé explicitement le besoin, semble avoir reculé.
Seulement, la tension sourde entretenue par les mouvements sociaux qui s’élèvent sur tous les fronts, dont la plus insidieuses reste celui des étudiants, doublée de l’élan contestataire d’une opposition exclue du processus démocratique et qui joue à l’escalade, appelle à un retour à la sagesse politique.
La Mauritanie dans sa phase actuelle ne saurait s’attaquer à ses problèmes de développement sans transcender les équations politiques et sociales qui se posent à elle avec acuité. Cette révolution de la sagesse politique passe inéluctablement par un dialogue inclusif avec l’opposition, mais aussi avec le corps social d’une manière plus générale.
Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz devra, selon les analystes, se plier à la concertation franche et directe avec son opposition, renouer le dialogue avec le milieu universitaire et scolaire, mettre un terme au système des privilèges, notamment celui accordé à l’armée et aux anciens militaires et qui a connu un regain sans précédent ces dernières années, apaiser les tensions nées d’un mauvais partage des richesses nationales, rétablir les équilibres de la justice et de l’équité, refondre le système judiciaire et veiller à l’application des lois….
Ainsi, le salut de la Mauritanie, menacé ces dernier temps, est tributaire d’une nouvelle vision que le pouvoir est en devoir d’adopter, loin des schémas classiques de l’unilatéralisme et de la caporalisation qui n’ont plus droit de cité dans un monde globalisé et mimétique. La répression aveugle, le clanisme politique, l’exclusion et l’autoritarisme du Chef suprême, seul régent de la République, ne peuvent conduire qu’aux troubles sociaux et à un retour dans le giron des révolutions de palais ou…de rue.
Cheikh Aïdara
Journal L’Authentique