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Patrice Neveu : « La Zambie est le plus bel exemple » pour la Mauritanie

jeudi 8 mars 2012


Patrice Neveu fait le point sur l’état du football mauritanien quelques semaines après sa nomination au poste de sélectionneur de l’équipe nationale. L’entraîneur français espère qualifier les Mourabitounes pour le Chan 2014 et la CAN 2015. Pour cela, il veut s’inspirer du travail effectué pour son collègue Hervé Renard avec la Zambie, championne d’Afrique.

RFI  : Comment est-ce que vous jugé l’état actuel du football mauritanien après quelques semaines de travail ?

Patrice Neveu : Il y a des potentialités autant chez les jeunes que dans le championnat. Mais des années de léthargie nous forcent à tout reconstruire. Ça veut dire qu’il faut tout réorganiser pour tirer la quintessence de ces potentiels. Je constate aussi que la passion pour le football, si forte en Afrique, a perdu de sa vigueur ici. Les gens veulent voir comment les choses évoluent avant de revenir dans les stades. Les batteries sont à plat et il faut les recharger pour relancer le football en Mauritanie.

RFI  : Est-ce qu’il y a plus de travail à fournir en Mauritanie que dans les autres pays d’Afrique où vous avez entraîné, au Niger (1999-2000), en Guinée (2004-2006) et en RD Congo (2008-2010) ?
Patrice Neveu : La charge de travail est énorme ! C’est un tout autre challenge. Tout est à l’état brut. Il faut reconstruire au niveau des sélections de jeunes. C’est ce que je suis en train de faire. Je me suis occupé des moins de 20 ans (juniors) et des moins de 17 ans (cadets). Je me penche désormais sur l’équipe des joueurs locaux avant de m’intéresser aux professionnels. J’ai la chance d’avoir un président de Fédération (Ahmed Merhba Ould Abderrahmane) qui est dynamique. Il a rencontré le Président de la République. Il (Mohamed Ould Abdel Aziz) a promis qu’il serait derrière nous en termes de moyen. Le soutien du Président est nécessaire pour conduire à bien ce projet. J’espère le rencontrer prochainement. En deux ans, on peut de donner à la Mauritanie une équipe nationale digne de ce nom sur la scène africaine.

RFI  : Y a-t-il un vivier important de joueurs en Mauritanie ?

Patrice Neveu : Il y a des bons joueurs locaux. Quand je compare avec d’autres championnats africains, je constate que le rythme des matches est moins élevé. Il y a des qualités mais il faut travailler sur le physique, la technique et le tactique. Comme dans la plupart des autres championnats, en revanche, il y a trois ou quatre clubs qui se détachent. Dans les autres équipes, la qualité est inférieure, mais les trois ou quatre clubs phares peuvent être compétitifs dans les compétitions interclubs en Afrique.

RFI  : Se qualifier pour le Chan 2014 (la CAN réservée aux joueurs locaux) en Afrique du Sud, est-ce un objectif raisonnable ou au contraire très ambitieux ?
Patrice Neveu : Très ambitieux et raisonnable à la fois. A force de travail, tout est possible. Je savais ce qui m’attendait en signant en Mauritanie. C’est douze heures de travail par jour. Mais c’est un plaisir pour moi de relever le challenge.

RFI  : La solution passe-t-elle par la recherche de joueurs qui ont des origines mauritaniennes et qui vivent en Europe ?
Patrice Neveu : Oui, mais on va se tourner vers des joueurs qui ont la volonté de représenter le drapeau mauritanien. On ne va pas se brader pour récupérer tel ou tel joueur. Il existe déjà une ossature potentielle en Europe. A nous de les convaincre de jouer pour leur pays. Il y a Younouss Sankharé (milieu de terrain du Dijon FCO), Amadou Ba et Diallo Guidileye qui évoluent au Stade brestois. Un autre qui joue à Vannes (Oumar N’Diaye, défenseur en 3e division). Quelques autres en Allemagne. Pour les faire venir, il va falloir un discours cohérent et des actes très précis. Mais on ne veut pas faire appel à n’importe quels joueurs. Ils doivent avoir une culture mauritanienne, une certaine sensibilité vis-à-vis du pays.

RFI  : Le recours massif à des joueurs d’origines parfois lointaines n’est pas envisagé comme dans d’autres pays d’Afrique ?
Patrice Neveu : Non. Le Président de la République souhaite que l’équipe mauritanienne conserve son identité. Ce n’est pas si facile d’obtenir la nationalité mauritanienne. Vous avez le cas Dominique Da Silva qui évolue à Al Ahly en Egypte. Il avait déjà joué pour la Mauritanie mais a connu quelques soucis par la suite. Le Président de la Fédération a réglé le problème avec le chef de l’Etat. Mais pour les autres, le changement de nationalité devra être encore plus conforme aux règlements Fifa.

RFI  : Le Niger qui a participé au Chan 2011 puis à la CAN 2012 après des années sans succès est-il un l’exemple à suivre pour la Mauritanie ?
Patrice Neveu : Le Niger est un exemple mais le plus bel exemple, c’est la Zambie ! J’ai suivi la CAN 2012. Pour moi, l’image forte de cette CAN, c’est mon collègue Hervé Renard qui est monté sur la première marche du football africain. Il a su conserver son naturel et ses méthodes car il a derrière lui Kalusha Bwalya, un président de Fédération très professionnel. Le tout constitue un attelage fort avec un Président solide et un entraîneur costaud. Grâce à la Zambie, toute l’Afrique sait qu’on peut réussir avec des joueurs locaux mais qu’il faut avant cela un énorme travail et un grand professionnalisme.

Source : RFI