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Ouverture du dialogue autour de la crise du recensement
mardi 11 octobre 2011
Par Bakari Guèye pour Magharebia à Nouakchott – 10/10/11
Si la dernière manifestation organisée par le mouvement mauritanien anti-recensement "Touche pas à ma nationalité" s’est déroulée pacifiquement, le samedi 8 octobre, le sujet continue néanmoins à alimenter de vifs débats.
Des groupes de la société civile ont rencontré les autorités pour évoquer cette question controversée à l’hôtel Khatter de Nouakchott, à l’occasion d’une conférence parrainée par le Centre mauritanien pour la communication et les études (CMCE). Un certain nombre de parlementaires, de leaders de partis et d’activistes participaient également à ce forum.
Le recensement de la population et son impact "sur l’unité nationale est un sujet d’actualité qui nous interpelle tous, particulièrement après les récents évènements regrettables", a exliqué Rassoul Ould El Khal, président du CMCE, précisant aux personnes présentes lors de cette rencontre du 6 octobre que le recensement avait relancé "la question de l’unité nationale et la nécessité de la préserver davantage".
"Notre diversité culturelle et notre position géographique font de nous un trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. C’est une source de richesse," a affirmé Ould El Khal. "Le déficit de communication et l’absence de débats autour de questions d’importance sont à l’origine de bien des malentendus pouvant entraîner le pays vers de graves dérives."
Yacoub Ould Lemrabott, représentant de l’Agence nationale du registre des populations et des documents identitaires sécurisés, a noté que "l’opération d’inscription a pour objectif de doter tous les citoyens de papiers sécurisés de nature à aider à jeter les bases d’un développement harmonieux qui préserve le tissu national."
"L’unité nationale est un ensemble de pratiques et de convictions qui mènent à l’unité nationale, pas seulement des mots", a déclaré pour sa part Abdoul Birane Wane, coordinateur du mouvement "Touche pas à ma nationalité" . "On s’amuse avec l’unité nationale, on nous parle de l’unité nationale pendant qu’on tue un enfant de 16 ans qui ne faisait que manifester."
Le coordinateur des manifestants a expliqué : "A première vue, le Noir est considéré comme étant un Sénégalais ou un Malien. Viennent après les questions humiliantes : pouvez-vous réciter une sourate du Coran ? Parlez-vous Hassany ? Possédez-vous une maison au Sénégal ? Qu’est-ce que ces questions ont à voir avec ce recensement ?", s’est-il interrogé.
Mohamed Vall Ould Bellal, ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, a pour sa part souligné "la nécessité d’une cohabitation pacifique entre les différentes composantes de la population."
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L’intervention de Abdoulaye Mamadou Bâ, ancien porte-parole de la Présidence de la République, a porté sur l’unité nationale. "Les événements en cours prouvent que les députés de l’opposition avaient raison quand ils relevaient les dangers de ce recensement", a-t-il indiqué. "Si on avait tenu compte de leurs craintes en se passant de la politisation du dossier, on n’en serait pas arrivé là."
"Les anciens esclaves sont ceux qui pâtissent le plus de ce recensement", selon Samory Ould Bèye, secrétaire général de la Confédération libre des travailleurs mauritaniens (CTLM) et l’un des dirigeants du mouvement El Hor.
"Le fait qu’on demande à ce que les deux parents soient inscrits au préalable est une manière de les exclure, car c’est leur demander l’impossible", a-t-il affirmé. "La moitié d’entre eux ne connaissent pas leur père (qui, étant leur maître, ne les reconnaît pas). S’y ajoute le fait que 30 pour cent d’entre eux ne disposent même pas de documents d’état-civil."
La veille de cette conférence, Mohamed Fadel Ould El Hadrami, président-directeur général de l’Agence nationale pour le registre des populations et des documents identitaires sécurisés, avait déclaré que les autorités "sont prêtes à traiter positivement toutes les doléances présentées par les citoyens". Ce qui compte, avait-il ajouté, "c’est de s’assurer que ceux qui seront enregistrés sont des Mauritaniens, et non des étrangers".
Source : Magharebia