Accueil > Actualités > Politique > Ould Haiba : pourquoi des politiques lance un appel à l’Armée et boycottent (…)

Ould Haiba : pourquoi des politiques lance un appel à l’Armée et boycottent en même temps ses cérémonies et ses défilés ?

mercredi 30 novembre 2011


Interview de Mohamed Salem Ould Haiba par le journal el-Watan

L’analyste militaire Mohamed Salem Ould Haiba, président du groupe d’édition, de presse et de prestation des services MEPIPS, a appelé à l’organisation d’une enquête transparente et profonde sur les contours de sélection des dossiers des candidatures pour l’obtention de licences radios et télévisions commerciales privées, demandant que les résultats de ces investigations soient remises au président de la république en vue de la rectification de la situation et pour assurer la transparence dans l’opération de libéralisation de l’audiovisuel en Mauritanie. Ould Haiba a rendu la HAPA responsable des conséquences des opérations de sélection notamment de désolation, d’injustice et de mépris chez la majorité de ceux qui ont soumis des offres à cet effet. Sur un autre plan, il a salué le niveau élevé des défilés organisés par les forces armées et de sécurité au cours de la célébration de leur fête nationale, soulignant que ces parades ont prouvé la grande attention accordée par le président Mohamed Ould Abdel Aziz aux forces armées ainsi que son souci d’assurer la sécurité du territoire national et la protection de ses concitoyens. Mohamed Salem a critiqué par ailleurs la position des partis de l’opposition qui ont boycotté ces cérémonies de l’institution militaire, alors qu’ils exigent son intervention, l’appelant à assumer ses responsabilités. Il a indiqué qu’à travers ces grands défilés, l’armée a affirmé à tous qu’elle assume effectivement ses responsabilités dans la défense du pays, de sa souveraineté ainsi qu’à affronter toute agression ennemie visant la sécurité des citoyens et de leurs biens. Voici l’intégralité de cet entretien :

Question  : En votre qualité d’ancien militaire ayant vécu l’expérience de la guerre du Sahara, quelle évaluation dressez-vous des défilés présentés par les forces armées et de sécurité à Nouakchott ?

Mohamed Salem Ould Haiba : Je tiens en premier à adresser mes sincères remerciements au site « El Watan » et à travers lui le groupe médiatique « Chtary » pour m’avoir offert cette occasion pour parler de sujets ayant trait à la vie du pays en général et à nos forces armées en particulier. Je félicite à travers votre tribune le président de la république Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef suprême des forces armées, tous les chefs d’état-major militaires et sécuritaires, le Général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, chef d’état-major de l’armée nationale ; le Général Ndiaga Dieng, chef d’état-major de la gendarmerie nationale ; le Général Félix Négri, chef d’état-major de la garde nationale ; le Général Mohamed Ould Cheikh Ould Hadi, directeur général de sureté nationale ; le Général Mohamed Ould Meguett, directeur du BED et de la sécurité extérieure ; le Général Mesgharou Ould Sidi, commandant du Groupement spécial de la sécurité routière ainsi que tous les chefs et commandants des départements militaires et sécuritaires, sans oublier les officiers, les sous-officiers et les soldats de nos vaillantes forces armées et de sécurité. Je pense que les défilés militaires que nous tous suivi a porté 5 lettres claires et importantes. La première est adressée à la sous-région, c’est-à-dire nos voisins et nos amis au Sahel et au Sahara, dont le but est de montrer que la Mauritanie est devenue un chiffre central de l’équation militaire et sécuritaire dans cette zone très sensible du point de vue stratégique ; qu’il n’est plus possible d’ignorer dans toute approche relative à la sécurité et à la stabilité de cette partie de l’Afrique et du monde. Le second message est plutôt destiné aux groupes armés et aux bandes de trafic des armes et de la drogue, de l’immigration clandestine, en particulier ce qu’on appelle « Al-Qaeda au Maghreb Islamique » (AQMI). Le contenu de cette lettre est que les forces armées et de sécurité mauritaniennes maitrisent désormais tous les points d’accès du territoire de la république, qu’elles contrôlent la situation, de sorte à devenir capable de faire face à toute agression et à avorter tout plan visant la sécurité du pays, des citoyens et des étrangers résidents. A ce propos, je tiens à souligner les capacités élevées dont jouissent nos forces aériennes grâce à l’acquisition d’un bataillon aérien permettant d’assurer la sécurité entière de tout le territoire national soit à travers des vols de reconnaissance ou de frappes de camps terroristes et de destruction de leurs sites et de leurs bases. La troisième lettre est envoyée aux parties politiques qui ont toujours veillé à critiqué l’institution militaire et à douter de ses capacités et des compétences de ses membres. Le contenu de ce message est que les forces armées et de sécurité mauritaniennes possèdent désormais les moyens humains et matériels lui permettant d’assurer pleinement sa mission fondamentale portant sur la protection du pays et des citoyens, qu’elles détiennent une puissance davantage supérieure avec un moral élevé et une disposition combattive appréciable. Certaines parties politiques ont appelé l’armée à assumer ses responsabilités. La réponse de cette dernière a été claire à travers les parades militaires que nous évoquons, qui a montré qu’elle assume effectivement son rôle et accomplit parfaitement sa mission, à affronter toute attaque et à démolir les bases de l’ennemi ainsi qu’à assurer la protection des institutions militaires républicaines, en premier l’institution du président de la république démocratiquement élu grâce à la volonté de la majorité du peuple mauritanien. Sur ce point, je tiens à dire que je n’ais pas réellement compris comment des politiques appellent l’armée à intervenir et à assumer ses responsabilités, alors qu’ils boycottent son anniversaire, ses défilés. Ne devaient-ils pas en premier participer aux cérémonies commémoratives des forces armées et montrer ainsi leur solidarité à travers leur présence à ces parades ? La quatrième lettre est destinée à l’opinion publique et internationale dont le but est de montrer que la Mauritanie est sécurisée, que qui ce qui s’applique à d’autres pays de la région arabe comme révolutions et conflits internes, n’est pas valable pour ce pays. Cette lettre trouve toute son illustration dans la supervision personnelle du président de la république des défilés des forces armées et de sécurité dans une tribune ordinaire, ainsi que son parcours sur une longue distance, pour voir les divers unités et formations participantes au défilé militaire en plus de son bain de foule avec les citoyens dont l’affluence était considérable, manifestant leur attachement à l’institution militaire et sécuritaire du pays. La cinquième et dernière lettre est une réponse claire adressée aux parties politiques tant qu’elles persistent à accuser le pouvoir de consacrer toutes les dépenses militaires à la garde républicaine ; ce qui a été démenti par le défilé, puisqu’on constate que la garde république ne détient rien face à l’armement considérable présenté par les différentes unités des forces armées et de sécurité. C’est mon point de vue personnel les plus importants messages portés par les parades militaires organisées par les forces armées et de sécurité à l’occasion de la commémoration de sa fête nationale. En tant qu’ancien militaire, ayant participé dans la guerre du Sahara, dans les rangs de l’armée nationale, je présente, à travers votre tribune libre, un témoignage devant Allah et devant l’histoire, que la Mauritanie détient aujourd’hui une armée forte sur laquelle on peut compter, qui suscite la fierté et la sérénité chez tout mauritanien patriotique et franc. J’affirme également que le privilège de cette évolution revient en premier au président de la république Mohamed Ould Abdel Aziz. La meilleure preuve de ce constat est que la date des différents armements et des diverses logistiques remonte à 2009 et 2011. Vous n’êtes pas sans savoir qu’avant cette date, nos militaires et nos officiers étaient égorgés dans des lieux éloignés sans défense et sans moyens.

Question  : L’armement aérien est apparu pour la première fois dans l’histoire des défilés militaires des forces armées, en plus du parachutage sans précédent sur une piste bitumée. Cela signifie-t-il, à votre avis, une mutation stratégique de l’armée mauritanienne, en particulier dans le domaine de lutte contre AQMI au Sahara ?

M.S.O.H : D’abord, je souligne que les avions militaires que vous avez vus au cours des défilés ne sont qu’une partie simple d’un bataillon aérien acquis par les forces armées nationales. Il y a des avions d’attaque et d’autres de reconnaissance qui n’ont pas participé dans les démonstrations comme il y a des stations radars, des RPG, des missiles sol air, des batteries, des missiles sol-sol, des chars, en plus de divers équipements de communication …etc. J’évoque ici deux points principaux à mon avis, qui ont caractérisé ces défilés. La première a porté sur la décoration de l’officier qui a dirigé l’opération de raid et de destruction des camps des terroristes dans la foret de Wagadou, ainsi que du martyr dont l’avion est tombé pendant les entrainements à Chinguitty. Le second point est l’opération de parachutage sur le sol dur d’une altitude dépassant les deux km ainsi que le souci du président de la république a salué directement les éléments participants à l’opération de parachutage pour leur témoigner sa considération et son estime. L’intérêt porté à l’armée de l’air reflète une réelle prise de conscience en raison de la nature de la guerre que nos forces militaires mènent contre le terrorisme, les bandes de pirates, de narcotrafiquants et de la criminalité transfrontalière ainsi des spécificités du territoire et relief difficile mauritanien. Parce que l’aviation de guerre offre un appui aux différentes unités de fantassins, assure une couverture au cours de l’attaque et pendant le mouvement vers les zones de combat comme elle assure des opérations de reconnaissance et de frappes de l’ennemi en cas de besoin. L’armée de l’air joue un rôle central dans la protection de l’intégrité territoriale du pays et dans la défense des eaux nationales. On ne peut circonscrire les missions des forces aériennes dans n’importe quel Etat, à fortiori dans un pays désertique et vaste comme la Mauritanie. Je pense que l’aviation n’est pas l’unique bataillon qui s’est illustrée dans ces défilés militaire. Nous avons vu également une participation sans précédent de la direction de l’armement et de la logistique, qui est une direction nouvellement créée disposant d’un commandement spécial et ayant en sa possession des moyens développés lui permettant d’assurer l’entretien des divers équipements et armements. Il n y a pas de doute que la diversité a été la principale caractéristique de ces cérémonies des forces armées et de sécurité, puisque nous avons vu la participation de l’armée dans toutes ses composantes terrestre, maritime et aérienne ainsi que la gendarmerie dans toutes ses unités et groupements spécialisés, la garde dans des unités et brigades, la police dans ses diverses spécialités sécuritaires, juridiques, scientifiques et autres, la protection civile et le groupement spécial de la sécurité routière. Nous avons vu pour la première fois des élèves des écoles militaires à un âge précoce ; ce qui suscite un sentiment de satisfaction de la construction d’une l’institution militaire durable et capable de se développer pour accompagner les changements accélérés dans le monde tout autour de nous. En bref, on peut dire que la Mauritanie dispose aujourd’hui de forces armées et de sécurité capables de protéger ses territoires, de préserver sa souveraineté et son indépendance. Les dispositifs sécuritaires extérieurs et intérieurs ont réalisé nouveau un succès à travers le démantèlement et l’arrestation des membres d’un groupe présumé terroriste en possession d’armes, d’explosifs et de moyens de communication. C’est là une autre occasion pour présenter nos félicitations aux chefs d’état-major de ces dispositifs sécuritaires.

Question  : En évocation de l’indépendance, la Mauritanie a fêté lundi dernier cet anniversaire national. A votre avis, qu’est ce qui distingue cet événement pour cette année ?

M.S.O.H : Cette année, la fête de l’indépendance diffère de mon de vue personnel des années précédentes. Primo : cet anniversaire a été marqué par le dialogue national qui a réuni récemment la majorité présidentielle et des forces importantes de l’opposition, sanctionné par des résultats très positifs. Le dialogue s’est distingué par la supervision du coup d’envoi de et la clôture de ses travaux, assurée par le président de la république, par l’ouverture totale, la discussion de toutes les questions qui intéressent la scène politique, économique, sociale, culturelle, médiatique voire même sécuritaire du pays. Les négociateurs ont abouti à un consensus complet et sont sortis satisfaits, puisque la transparence sera observée de bout en bout dans le processus électoral à travers la création d’une CENI permanente composée des pôles du pouvoir et de l’opposition, chargée d’organiser, de superviser et de suivre toutes les élections ainsi que de l’annonce de leurs résultats. La pluralité culturelle et la criminalisation de l’esclavage ont été intégrées dans la constitution, en plus de la criminalisation de toutes les formes d’accession au pouvoir autres que les scrutins, mettant ainsi terme aux coups d’Etat militaires. Je pense que le bilan de deux dernières années prouve que ce qui a été réalisé comme acquis et succès de la Mauritanie ne l’avait pas été auparavant. Il y a eu des réalisations au cours des périodes de tous les présidents qui ont dirigé la Mauritanie, depuis feu Moctar Ould Daddah jusqu’à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi , mais malgré les efforts de tous ces chefs d’Etat que je respecte, ces réalisations sont restées disproportionnées, dégageant certains atouts ainsi que des reproches. Toutefois, personne ne peut nier ce qui a été réalisé par Ould Abdel Aziz à la Mauritanie en termes de performances économiques, sécuritaires et politiques jamais fait avant lui. A cela, s’ajoute le climat de liberté d’opinion et d’expression que nous vivons et que nous n’avons pas trouvé dans l’un de ces Etats du monde. Il ne s’agit pas d’apologies, ni de propos complaisants, mais d’une reconnaissance d’une réalité véritable vécue par tous. Les investissements étrangers ont doublé dans le pays, dans les secteurs minier, halieutique et dans les infrastructures. La Mauritanie a obtenu plusieurs financements ; ce qui atteste la confiance des partenaires et des donateurs sur la politique suivie. Malgré les difficultés consécutives à la crise économique mondiale, le déficit pluviométrique aigu enregistré cette année, l’Etat œuvre inlassablement à assurer un niveau de services de base, à soutenir les citoyens pour les garder en dehors du cercle du danger auxquels sont exposés d’autres peuples et d’autres pays du continent africain et de l’extérieur. Un plan d’urgence d’intervention au profit des populations des zones rurales, villageoises et semi-urbaines a été adopté, portant sur le programme « Espoir 2012 » dont nous souhaitons voir l’exécution s’opérer suivant des normes transparentes, justes et équitables, pour éviter à ce plan d’urgence le triste sort réservé à certains programmes qui l’avaient précédé. La Mauritanie a besoin de l’ancrage d’une justice et d’une égalité réelle et globale ainsi que de la diffusion de la culture de tolérance, de la concorde et de la solidarité entre tous les mauritaniens, loin de la division et de l’affrontement. La Mauritanie a réalisé beaucoup d’exploits contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Nous entendons des opérations d’enlèvement d’étrangers dans les Etats voisins après que notre pays était un théâtre de ces prises d’otages pendant quelques années.

Question  : La commémoration de la fête de l’indépendance a coïncidé cette année avec l’attribution de licences d’ouverture de chaînes de télévision et de stations radios à des opérateurs privés. Cette opération a fait l’objet d’intenses critiques dans les milieux médiatiques, dont plusieurs membres ont accusé la HAPA de manquement à la transparence dans la sélection des dossiers. Certains l’ont même indexé d’avoir délivré ces licences uniquement à des proches du président Ould Abdel Aziz. Quel est votre point de vue ?

M.S.O.H : Premièrement, je ne suis pas d’accord avec deux qui disent que la HAPA a attribué des autorisations aux seuls parents du président. C’est faux à mon avis. Aucune intervention à caractère tribal ne s’est opérée au niveau de cette institution pour délivrer des licences à un groupe précis en privant un autre. En réalité, la HAPA porte toute la responsabilité de ce qui s’est passé et dispose de toutes les prérogatives pour déterminer les offres gagnantes des licences avant de les présenter au ministère de la communication et des relations avec le parlement. Je pense que ceux qui ont obtenu des licences de diffusion radiophonique et télévisée méritent d’en bénéficier et je tiens à les féliciter à cette occasion. Mais, cela ne signifie pas nécessairement que les autres candidatures ne répondent pas aux critères et satisfassent aux conditions requises. Il était attendu que 5 licences de télévision privée soient accordées alors que seulement deux ont été pourvues. Pourquoi ? Les responsables de la HAPA n’ont pas avancé des justifications convaincantes sur ce sujet. Il n’est absolument pas probant qu’un journaliste expérimenté et pionnier dans l’audiovisuel comme Abdallahi Ould Mohamedi soit exclu comme il n’est pas du tout normal qu’un expert dans le domaine de la communication, titulaire d’un doctorat dans cette profession, comme le Dr Kane Hamidou Baba soit éliminé aussi dans ces soumissions. Il est également illogique qu’un journaliste de carrière comme Mohamed Abdallahi Memine, qu’une institution médiatique réussie et distinguée comme Essirage, qu’un homme de média de talent comme Mohamed Vall Ould Oumère, ni la chaine Chinguitty et autres qui ont tous prouvé leur crédibilité dans le domaine ne bénéficient pas de licences d’autorisation. J’appelle à l’organisation d’une enquête transparente et profonde sur les contours de sélection des dossiers des candidatures pour l’obtention de licences radios et télévisions commerciales privées, demandant que les résultats de ces investigations soient remises au président de la république en vue de la rectification de la situation et pour assurer la transparence dans l’opération de libéralisation de l’audiovisuel en Mauritanie. Je rends la HAPA responsable des conséquences des opérations de sélection notamment de désolation, d’injustice et de mépris chez la majorité de ceux qui ont soumis des offres à cet effet.

Source : el-Watan