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Non, la femme ne sera pas le complément de l’homme

mercredi 15 août 2012


Par Anne Collet

Adopté le premier août, l’article 28 de la Constitution, en cours de rédaction, a mis en colère de nombreuses Tunisiennes qui sont descendues par milliers dans les rues le 13 août pour exiger son retrait. Il stipule en effet que « l’Etat assure la protection de la femme dans ses acquis sur le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée de l’homme dans le développement de la patrie ». Le moins que l’on puisse dire c’est que cette notion de complémentarité ne passe pas chez les femmes qui étaient officiellement considérées comme égales des hommes depuis 1956. Le 13 août, date anniversaire de la promulgation du Code de statut personnel de 1956 devenu depuis le jour de la fête de la femme en Tunisie.

« Le mot « égalité » qui devient « complémentarité » change radicalement le cadre juridique des relations entre les hommes et les femmes : « C’est tout un modèle sociétal qui a été conçu déjà par le Statut personnel en 1956 qui a façonné le mode de vie tunisien. Maintenant, c’est la porte ouverte à tout. Alors qu’on voulait consacrer l’égalité, voilà que l’on nous parle de complémentarité au sein de la famille. C’est excessivement grave et je ne suis pas la seule à le penser. Que les femmes de tout bord se révoltent et pas seulement les femmes » , s’est insurgée sur RFI la sociologue et militante des droits de la femme, Kadija Chérif.

La formulation de cet article 28 consacre donc la dépendance de la femme par rapport à l’homme, et pourtant, « les femmes assurent une double journée de travail, elles sont, dans les familles des zones suburbaines les plus touchées par le chômage, la principale source de revenus des ménages. Ce sont, presque exclusivement, elles qui assurent la cohésion des ménages touchés par la précarité et la délinquance ; ce sont encore elles qui assurent la sécurité et la stabilité de la famille », reconnaît La Presse . « La femme est l’égale de l’homme et sa partenaire dans la construction du pays, comme elle l’a été dans la lutte contre la dictature et dans la révolution. Nul n’est en droit de lui contester son statut de citoyenne à part entière », ajoute le quotidien de Tunis.

Les femmes ont toutefois reçu un soutien de poids en la personne du président de la république provisoire Moncef Marzouki. « Aujourd’hui, personne ne peut menacer les acquis de la femme qui sont devenus, grâce à l’action militante de plusieurs générations, une réalité sociale irréversible qui ne peut faire l’objet de contestation ou de surenchère par quiconque », a-t-il notamment affirmé à l’agence Tunisie Afrique Presse.

De nombreuses organisations politiques, associations de défense des Droits de l’homme, syndicats et représentants de la société civile ont vivement réagi et sont montés au créneau pour défendre le principe d’égalité que les islamistes veulent abroger. Ce projet « est une atteinte aux acquis de la femme et vient consacrer une approche paternaliste qui donne à l’homme un pouvoir absolu tout en reniant à la femme son droit de citoyenne à part entière », précise un collectif d’associations relayé par le site Tuniscope qui appelait à manifester le 13 août.

La colère des femmes envers le gouvernement islamiste d’Ennhada est d’autant plus grande qu’en Tunisie les droits des femmes sont des acquis sacrés que jusqu’à aujourd’hui nul n’osait bafouer. Protégée par le Code du statut personnel (CSP) promulgué donc en 1956 par l’ancien président Habib Bourguiba, la Tunisienne occupait une place à part dans le monde arabo- musulman, à l’avant garde. Il serait dommage que ceux-ci disparaissent sous la pression des islamistes. Pour les aider à sauvegarder ces droits, conserver son émancipation et qu’elles ne soient pas considérées comme le complément des hommes, une pétition qui a déjà reçu plus de 20 000 signatures circule sur internet.

Anne Collet

Source : SlateAfrique