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Mauritanie : ravagée par la sécheresse – le nombre d’enfants malnutris augmente
vendredi 17 février 2012
Mariem Mint Ahmedou est assise les jambes croisées sur un tapis usé sous une tente rudimentaire construite avec des briques et des morceaux de tissus cousus ensemble, dans un petit village de la Mauritanie. Ses jumeaux de huit mois, Hussein et Hassan, reposent faiblement sur elle.
Les deux enfants souffrent de malnutrition depuis la naissance, parce que leur mère, elle-même malnutrie, n’arrive pas à produire assez de lait maternel pour les nourrir.
"Parce que les pluies ne sont pas tombées, nous n’avons pas eu de récoltes. Nous avons acheté du riz à crédit, mais il n’y pas de viande, du lait à peine. Parfois, nous ne mangeons pas pendant deux nuits", explique Ahmedou, au sujet de la situation désastreuse dans laquelle se trouve non seulement sa famille, mais aussi une grande partie de son village.
La mère vit à Douerara, un petit village situé à environ 800 kilomètres à l’est de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, au milieu d’un paysage de sable desséché et d’un sol rocheux, à l’intérieur du désert du Sahel. Une sécheresse qui a détruit une grande partie des récoltes dans la région, a ravagé le pays pendant des mois, poussant les populations rurales à commencer à manquer de nourriture au début de février, six mois avant les prochaines pluies – si elles tombent cette année.
En dehors de la Mauritanie, d’autres pays dans le Sahel, une zone aride située entre le désert du Sahara en Afrique du nord et les savanes du Soudan au sud, sont aussi touchés : le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, le Niger et les régions du nord du Cameroun, du Nigeria et du Sénégal. Quelque 12 millions de personnes souffriront bientôt d’une grave insécurité alimentaire et de la faim dans cette région, avertissent les agences humanitaires.
La Mauritanie, qui dispose de la plus faible quantité d’eau potable au monde, est l’une des nations les plus durement touchées, avec un tiers de sa population qui risque déjà de souffrir de la faim.
"La situation est extrêmement grave, en particulier pour les petits enfants", déclare Khadijettou Jarboue, une nutritionniste qui travaille dans centre de santé publique à Kiffa, une petite ville située dans le sud-est du pays.
Chaque semaine, davantage de familles font la queue au centre de santé en quête d’aide. "Je suis très préoccupée par l’augmentation du nombre d’enfants souffrant de grave malnutrition que nous voyons", souligne Jarboue, pendant qu’elle pèse et mesure Khadjetm, une fille de 21 mois, qui a été amenée dans le centre par sa mère, M’Barka Mint Salem, qui vit dans le village de El-Majba, à 45 km hors de Kiffa.
Lorsque la nutritionniste place une bande plastique de trois couleurs autour de l’avant-bras de l’enfant, la bande se resserre sur la section rouge. Cela signifie que cette fille souffre gravement de malnutrition, tandis que le jaune indique une malnutrition modérée et le vert signifie que l’enfant pèse assez.
Sa mère a l’air préoccupée : "Je suis extrêmement inquiète. Nous n’avons pas de lait, pas de nourriture. Toutes les semaines, nous luttons pour survivre. Et nous ne sommes pas les seuls. Il y a beaucoup d’enfants qui souffrent de malnutrition dans notre village".
Les enfants, les plus vulnérables, sont généralement les premières victimes d’une crise de la faim. Jusqu’à 60 pour cent des enfants souffrant de malnutrition peuvent mourir dans une crise alimentaire, mais ce taux de mortalité pourrait être encore plus élevé cette année parce que la région ne s’est pas encore remise d’une grave sécheresse survenue en 2010.
"Le Sahel est une région en crise permanente, confrontée à une grave insécurité alimentaire", explique Félicité Tchibindat, conseillère régionale pour la nutrition en Afrique occidentale et centrale au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).
Même dans une année "normale", la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique dans le Sahel. Les taux de malnutrition aiguë chez les enfants sont constamment en dessus du seuil de 10 pour cent que l’UNICEF définit comme une urgence. Cette année, le fonds redoute que la situation soit encore pire. "Tout autre choc mettra la vie de centaines de milliers de personnes en danger", prévient Tchibindat.
La sécheresse de cette année a été qualifiée de "pire depuis des décennies" par l’ONU. En conséquence, les prix des aliments ont triplé en Mauritanie et dans d’autres pays sahéliens, tandis que les prix du bétail – la principale source de revenu dans la région – ont rapidement chuté lorsque les pâturages ont commencé par s’assécher. Les routes sont jonchées de carcasses de vaches qui sont mortes de soif et de faim.
"Cette année sera exceptionnellement difficile", convient Cheik Abdahllahi Ewah, gouverneur de Hodh el Gharbi, l’une des provinces les plus touchées en Mauritanie. "L’absence de pluie la saison dernière était comme une peine de mort pour notre peuple. Il y a un besoin pressant pour une intervention".
"Ce n’est que février maintenant, et les gens sont déjà désespérément dans le besoin. Je m’inquiète beaucoup de comment la situation sera mauvaise en juin, le point culminant de la saison sèche", ajoute-t-il.
Source : Agence IPS