Accueil > Actualités > A la Une > Les tribulations d’un prof sans-papiers
Les tribulations d’un prof sans-papiers
vendredi 20 janvier 2012
Prof de maths en collège, Cheikhna Aliou Koïta a bien failli prendre un aller simple pour Nouakchott. Car ce Mauritanien, bardé de diplômes, ne possède qu’un titre de séjour d’étudiant. Son comité de soutien lui a sauvé la mise. Retour sur plusieurs semaines de lutte.
Plus de carte de séjour. Le 30 novembre dernier, Cheikhna Aliou Koïta se rend au le cabinet de la Préfecture pour renouveler son titre de séjour étudiant. « J’effectue cette démarche tous les ans. Mais là, on a refusé de me donner un titre pour un an de plus », confie-t-il. Son contrat avec le rectorat de Versailles n’y fait rien, le retour forcé en Mauritanie semble alors se rapprocher. Il n’est pas seul dans ce cas. Depuis la circulaire Guéant du 31 mai 2011, beaucoup d’étudiants étrangers se trouvent menacés d’expulsion.
La nouvelle déclenche une mobilisation du corps enseignant du collège, des parents d’élèves, des habitants et même des élus. « C’est un professeur très engagé. Nous ne pouvions pas le laisser tomber comme ça », explique Sofiane Mansour, membre du comité de soutien Vaillant contre l’expulsion. Sans tarder, tous les soutiens se concertent et lancent une pétition. Le dimanche, sur le marché de Gennevilliers, ils partent à la chasse aux signatures (972 au 14 janvier).
De diplômes en entretiens
C’est en 2005 que Cheikhna débarque en France. Sa valise déjà remplie de diplômes. Après un cursus de physique chimie à Nouakchott, il vient poursuivre ses études de troisième cycle. Il s’inscrit en master de sciences de l’ingénierie et en master de physique. Un double cursus qu’il réussit brillamment.
En 2010, ses études achevées, il tente de trouver du travail. C’est alors que les choses se compliquent. Il enchaîne les entretiens. À chaque fois, la même réponse : « On me disait que mon profil et mes diplômes étaient très intéressants, mais que ma situation de sans-papiers posait problème », explique Cheikhna. Un statut d’étranger dont il voudrait se défaire. Il cherche alors par tous les moyens une façon de rester . « Plus jeune, je voulais être enseignant, pour transmettre mes connaissances. C’était ma vocation première », raconte-t-il. Il est recruté en 2010 par le rectorat de Versailles en tant qu’assistant pédagogique ; puis l’année suivante, effectue un remplacement en mathématiques au collège Edouard Vaillant de Gennevilliers.
Un énième sursis
Grâce à la mobilisation, la préfecture vient de céder et de lui délivrer le précieux sésame : un permis de séjour étudiant, pour un an de plus. « Sans tous les gens qui m’ont soutenu, je n’aurais surement pas pu rester. Je ne sais pas comment leur dire merci. Ils défendent de grandes valeurs. C’est un vrai moteur pour moi que ce soutien », déclare-t-il. Des demandes ont été déposées pour que Cheikhna réintègre le collège Edouard Vaillant. En attendant, il effectue un remplacement de mathématiques dans un autre collège des Yvelines. Sans garantie sur son avenir dans l’Hexagone..
cheikhnadoitrester.org
Source : SeinePolitique