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Les rebelles touaregs accentuent la pression sur le Mali

mercredi 28 mars 2012


Une branche radicale du mouvement rebelle touareg revendique des avancées militaires, alors que le Mali est plongé dans la crise présidentielle.

Les responsables du coup d’Etat militaire au Mali de la semaine dernière ont lancé, le lundi 26 mars, un appel en faveur de la fin des hostilités dans les régions agitées du nord du pays, a fait savoir l’AFP.

"Tout est négociable, à l’exception de l’intégrité territoriale et de l’unité de notre pays", a déclaré le capitaine Amadou Sanogo, le chef des mutins, à la télévision nationale.

Ces soldats se sont emparés du pouvoir mercredi dernier, affirmant que le gouvernement du Président Amadou Toumani Touré était incapable de gérer la rébellion touareg. Le nord du Mali est le théâtre de combats très intenses entre les rebelles et les forces gouvernementales depuis la mi-janvier.

Pour leur part, les rebelles ont accentué la pression militaire. Harakat Ansar al-Din (Mouvement des partisans religieux), formé par Iyad Ag Aghaly sous l’étendard de la charia, a indiqué le week-end dernier qu’il se rapprochait de Kidal.

"Grâce à Allah le Tout-puissant et à sa bénédiction, nous prendrons prochainement notre terre de Kidal", a déclaré ce groupe islamiste dans un communiqué publié samedi.

Alors que l’Azaouad était au départ dominé par le Mouvement national pour la libération de l’Azaouad (MNLA), la situation est devenue plus complexe après qu’Ag Aghaly ait décidé de retirer son soutien au MNLA en faveur de la loi islamique.

"Les partisans d’une telle idée seront considérés comme des alliés, et ceux qui lui seront opposés seront vus comme nos ennemis", a indiqué RFI citant ce communiqué, le 18 mars.

Selon l’analyste Abou Bakr Ansari, ce revirement idéologique "constitue un nouveau tournant dans le conflit en cours avec les mouvements terroristes radicaux présents dans la région".

"De même, il suscite un grand embarras parmi les groupes touaregs qui ont conclu une alliance avec lui au cours des derniers mois, et qui ont à maintes reprises affirmé qu’ils n’avaient rien à voir avec AQMI", a-t-il expliqué en référence à al-Qaida au Maghreb islamique.

Les leaders du MNLA se sont réunis le 18 mars avec Ag Aghaly à Tessalit pour lui demander de revoir son approche radicale, mais ce dernier a rejeté leurs demandes, affirmant que sa guerre n’est pas menée pour la libération de l’Azaouad, mais pour la mise en place de la charia, selon MaliWeb.

"Cela a entraîné des dissensions entre les rebelles touaregs et Iyad Ag Aghaly, qui sont apparues manifestes dans un communiqué publié le lundi 19 mars par le bureau politique du MNLA, dans lequel il explique que ses demandes sont fondées sur les principes de la démocratie et de la laïcité, loin des positions du leader d’Ansar al-Din", a indiqué ce site web malien.

Une position confirmée par Moussa Ag Acharatoumane, membre du bureau exécutif du MNLA.

"Notre position est claire et n’est pas fondée sur l’application de la charia islamique dans la région", a-t-il déclaré à Magharebia. "Nous sommes en désaccord avec Harakat Ansar al-Din. Je crois néanmoins que son appel ne sera pas entendu par les habitants du nord du Mali, qui sont musulmans depuis des siècles, et que les appels d’Iyad Ag Aghaly ne changeront en rien leurs croyances ou la modération de leurs inclinaisons."

Il a ajouté que le leader d’Ansar al-Din avait "dans le passé eu des relations avec des responsables d’AQMI, comme Abdelkrim Tarki".

Le journaliste Bab Ahmed conteste cependant les affirmations de liens avec AQMI, expliquant que les liens entre Ag Aghaly et Tarki étaient simplement une affaire de "parenté", dans la mesure où ils appartiennent à la même tribu.

"Il ne fait aucun doute que la position d’Iyad Ag Aghaly, qui appelle à l’application de la charia, aurait un impact significatif sur l’Azaouad au vu de la position dont il bénéficie en sa qualité d’ancien leader de la rébellion des années 1990", a expliqué Ahmed, journaliste à Jeune Afrique. "Mais la question qui se pose désormais est la suivante : quels sont les mécanismes par lesquels il pourra mettre en oeuvre la charia islamique ? Le fera-t-il par des moyens constitutionnels, ou par la force militaire ?"

"Iyad Ag Aghaly a toujours été accusé d’appartenir à AQMI", explique l’écrivain Sheikh Ould Mohammed Harmah. "Mais je crois que son adoption de la charia n’est pas destinée à confirmer cette affiliation, cela n’est pas dans son intérêt. J’estime au contraire que cette décision pourrait être le résultat d’un conflit interne caché entre Harakat Ansar al-Din et le MNLA destiné à afficher sa force militaire."

Source : Magharebia