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Le sport en Mauritanie : Une léthargie persistante
lundi 27 août 2012
Le sport Mauritanien tarde à sortir de l’ornière. Au creux de la vague, ce sport demeure toujours dans l’anonymat. Manque de volonté politique, laxisme, tâtonnements, improvisations et appétits politiques sont le lot de contraintes qui freinent son essor.
Entre espoirs et frustrations, les acteurs, les observateurs et le public sont dans le désarroi. Après un demi-siècle, notre sport vivote toujours et notre football régresse.La Mauritanie compte une quarantaine de fédérations, la plupart inactives puisque n’existant que de nom et appelés souvent « structures cartables », puisque ne répondant à aucun critère et sans programme.
Elles sont souvent gérées par des personnes depuis des lustres qui se « reconduisent » à volonté avec la bénédiction de la tutelle. Ainsi face à la démission du département, les fédérations (celles qui sont porteuses d’espoir) sont laissées à leur compte. Celles qui trottinent ne savent plus à quel sain se vouer.
Même si certaines structures ne font rien, ce n’est pas le cas d’autres qui essaient tant bien que mal de survivre, à l’image de la fédération de Basket-ball. Par ailleurs, les clubs pourvoyeurs de joueurs, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays ne sont pas reconnus et ne bénéficient d’aucun accompagnement.
Des prises en charge superflues
La participation de notre pays aux différents évènements sportifs régionaux (Arabes, Africains) et mondiaux constitue pour certaines fédérations notamment celle du football et le Comité Olympique National et Sportif National une aubaine pour soutirer à l’Etat avec la grâce du Ministère de la Culture de la jeunesse et des Sports des financements exorbitants et injustifiés.
En effet, les prises en charge sollicitées par ces fédérations et le CNOSM tournent toujours autour des rubriques suivantes :
– Transport (billets d’avion)
– Frais de séjour (hébergement et restauration)
– Frais de mission (perdiems)
– Gratifications de matchs
– Couverture médicale
– Frais de communications
Des montants qui peuvent se chiffrer à des dizaines de millions d’ouguiyas par participation. Des participations qui s’apparentent plus à des voyages d’excursion qu’à des expéditions sportives. Cependant, le plus souvent, ces fédérations et le CNOSM sont totalement ou partiellement pris en charge par leurs hôtes pour leur participation. Au pire des cas, on leur demande d’assurer leur transport. Comme c’est le cas de la fédération de football qui a adressé deux requêtes au MCJS demandant une quarantaine de millions d’ouguiyas pour sa participation aux tournois de l’UAFA en Tunisie et en Jordanie.
Il est de même pour la requête de dizaines de millions envoyée par le CNOSM à la tutelle pour sa participation aux J.O de Londres qui devait y prendre part avec deux athlètes et une pléthore d’officiels (touristes). Pourquoi, tant de financement pour des prestations toujours médiocres et une chétive participation ? Pourquoi, tant d’argent pour une absence répétée de résultats sportifs réels ni probables d’ailleurs, compte tenu de l’état déliquescent de notre sport national ?
Quel rôle joue le Ministère ?
Quel est le rôle du Ministère dans cette situation qui s’éternise ? Pourquoi tant de complaisance qui se transforme en complicité silencieuse. Nous avons l’impression que le Ministère ne fait aucune appréciation technique, ni politique encore moins financière des participations de nos représentants à ces évènements sportifs, toujours catastrophiques. Le MCJS demeure simplement une boite à requêtes pour les fédérations et le CNOSM.
Pourtant, le ministère de tutelle dispose de deux structures administratives et techniques centrales (DSHC et DEPS) à même d’éclairer le département dans l’appréciation de notre participation ou non et avec quel budget à ces évènements sportifs. Dans nos investigations, il est apparu qu’en réalité la Ministre ne consulte ni ses directions techniques, encore moins son cabinet et elle prend les décisions en solo ou bien souvent avec les présidents des fédérations concernés.
Des déplacements qui laissent à désirer
Il faut simplement remarquer que ces exorbitantes prises en charge financières, ne se justifient guère au regard des mauvais résultats sportifs accumulés, ceci au moment où le président de la République lutte avec l’énergie du désespoir contre la dilapidation des biens de l’Etat. Car, il s’agit bien de situations qui s’apparente à de la gabegie. On parle souvent d’octroi de voyages à des personnes étrangères aux compétitions au détriment d’une jeunesse oisive et à la merci de toutes les tentations ambiantes.
Quel encadrement pour la jeunesse ?
On est tenté de savoir, quel encadrement offre le CNOSM et les fédérations sportives à la jeunesse ? Existent-ils réellement des compétitions sportives réservées exclusivement aux jeunes ? Ces financements pouvaient être justement orientés pour développer et amplifier la pratique sportive au niveau local et à partir de la base pour asseoir un véritable sport national performant au lieu de nous rendre ridicule à l’extérieur avec d’interminables gifles.
Les résultats à l’extérieur sont tributaires de ce qui se fait à la maison Les résultats sportifs de l’extérieur dépendent d’abord et surtout de ce qui se fait à l’intérieur. Notre rayonnement sportif international est tributaire d’un véritable sport national caractérisé par une pratique sportive des jeunes des compétitions sportives régulières avec la participation de toutes les wilayas du pays.
Pour une politique sportive efficiente et rentable
Il faut mettre fin à la complicité naïve ou consciente du ministère de la Culture de la Jeunesse et des Sports, surtout que les locataires de ce temple de la jeunesse qui se succèdent sont souvent plus politiques que professionnels(les marches et manifestations de soutien des sportifs au président de la république qui s’inscrivent dans leurs démarches, ne seraient pas plus éloquentes qu’une victoire, une médaille pour la Mauritanie en coupe d’Afrique, coupe du monde ou aux J.O).
Enfin, une victoire ou une médaille sportive remportée par la Mauritanie seraient plus éloquentes aux yeux du président de la République en sa faveur que les marches et les manifestations dont les commanditaires sont ceux là, mêmes.
Source : Le Quotidien de Nouakchott