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Le président mauritanien à RFI : « les seuls terroristes que nous avons en Mauritanie sont en prison » — résumé de l’interview
lundi 16 avril 2012
Nouakchott, 16 avril (MauriMedia) — Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a été l’invité hier dimanche de l’émission « internationales » des médias français RFI, TV5 et Le Monde. Il a évoqué différents sujets, parmi lesquels bien évidemment la situation sécuritaire au Sahel, mais aussi la politique intérieure.
MauriMedia vous a préparé un résumé de l’interview :
– Libye : le président a indiqué que la Mauritanie n’est pas rassurée par la situation libyenne. Certes, a ajouté Ould Abdel Aziz, « le régime de Kadhafi a fait souffrir son peuple » mais la guerre en Libye « n’a pas arrangé les choses ». Le président confirme ainsi la position mauritanienne sur le conflit en Libye, à savoir une réserve forte quant à la guerre menée par l’Otan et ses conséquences sur la région.
Toujours sur le dossier libyen, le président Ould Abdel Aziz a indiqué que les demandes d’extradition d’Abdallah Senoussi sont à l’étude et qu’aucune décision n’a encore été prise. Il dément ainsi les affirmations des officiels libyens qui affirmaient que la Mauritanie a donné son accord à l’extradition de Senoussi en Libye. Le président mauritanien a aussi affirmé que Senoussi a des problèmes de santé et qu’il était traité avant son arrivée en Mauritanie, mais que son état est stable et n’est pas inquiétant.
– Mali : interrogé sur la situation au Mali, le président Aziz a indiqué que la gestion des problèmes sécuritaires au nord du Mali n’a pas été satisfaisante depuis dix ans, et qu’al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et des groupes proches d’elle sévissent en toute impunité dans cette vaste région du nord du Mali depuis une dizaine d’années. Le président mauritanien réitère ainsi une critique maintes fois formulée à l’encontre de l’ex-président Amadou Toumani Touré, qui a dirigé le pays pendant dix ans, avant d’être déposé par un coup d’Etat militaire le 22 mars 2012.
Concernant la rébellion Touareg, le président mauritanien a tenu à faire une distinction entre Aqmi, Ansar-Dine (mouvement salafiste Touareg) d’une part et le Mouvement de Libération de l’Azawad (MNLA) d’autre part. Pour lui, il est « hors de question de négocier avec les terroristes », alors que le MNLA a des « revendications politiques » et il faut négocier avec lui. Ould Abdel Aziz a indiqué que pour lui une autre république dans la région n’est pas souhaitable mais que si les maliens décident d’accorder une autonomie à l’Azawad, il n’y voit pas d’inconvénient, tout en précisant que c’est avant tout un problème interne au Mali.
– Terrorisme : Concernant Aqmi et ses groupes affiliées, le président mauritanien a précisé que la Mauritanie ne lance pas d’attaques contre ces groupes, mais se contente de riposter le cas échéant aux attaques dont elle est la victime. Concernant les otages occidentaux détenus par Aqmi, le président Aziz a exhorté, une fois de plus, les occidentaux à ne pas payer de rançon car cela revient, d’après lui, à fournir les moyens à Aqmi pour financer ses activités. Toutefois le président dit comprendre que les pays occidentaux veuillent sauver la vie de leur citoyens.
Le président a affirmé en outre qu’il ne s’agit plus de quelques otages, mais que « des centaines de milliers d’otages sont aujourd’hui détenus par les groupes terroristes » au nord du Mali, en référence à l’occupation effective d’une partie du nord du Mali par Aqmi, Ansar Dine les les groupes dissidents d’al-Qaïda.
Concernant la Mauritanie, le président a indiqué que « les seuls terroristes que nous avons [en Mauritanie] sont en prison ». Il a ajouté, dans ce cadre, qu’il ne comprend pas pourquoi des pays européens place une partie de la Mauritanie en « zone rouge », empêchant ainsi les touristes d’y séjourner.
– Situation intérieure : répondant à une question sur les répercussions du printemps arabe sur la Mauritanie, le président Aziz a expliqué que la situation de la Mauritanie est complètement différente dans la mesure où la « démocratie est maintenant ancrée dans le pays, que la liberté d’expression est assurée et que les partis politiques manifestent tous les jours, sous la protection de la police ». Le président a indiqué, sur le ton de la boutade, qu’il a demandé à son ministre de l’intérieur d’encourager les partis de l’opposition à « manifester plus souvent dans les rues du pays ». Concernant les élections, il a indiqué que la commission électorale sera mise sur pied très rapidement et que les élections législatives auront lieu « bien avant la fin de l’année ».
Interrogé sur le cas de Mohamed Lemine Ould Dadde, le président a indiqué que cette affaire relève de la justice et que Ould Dadde « n’est pas en prison parce qu’il est un militant des droits de l’homme mais parce qu’il est soupçonné de détournements de fonds », et qu’il n’est pas le seul dans ce cas. Le président s’est demandé pourquoi cette focalisation sur Ould Dadde, en ajoutant, à l’adresse des journalistes, si c’est parce qu’il a séjourné en France.
Sur le volet économique, le président a reconnu que la situation économique du pays est difficile et a assuré que son gouvernement a mis en place un programme de développement pour redresser le pays, victime selon lui de « dizaines d’années de mauvaise gestion ». Le président a insisté sur le volet formation en indiquant qu’il y a très peu de techniciens alors que la demande est forte, et que qu’a contrario il y a beaucoup de littéraires, en indiquant que pour cette raison le gouvernement mauritanien a créé des centres de formation technique dans tout le pays pour faire face à la demande et soutenir le développement économique.
L’interview réalisée par RFI/TV5/LeMonde est à regarder ici.