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Le Sahel en 2012 : le fil rouge malien
vendredi 29 juin 2012
Compte-rendu de la conférence et questions à Alain Antil
Une conférence sur le thème du Sahel en 2012 s’est tenue vendredi 22 juin à l’Institut français des relations internationales (Ifri, Paris).
La crise malienne a servi de fil rouge lors de trois tables rondes qui ont permis à des spécialistes du domaine d’exposer leurs expériences et de répondre aux questions du public.
Alain Antil, chercheur à l’Ifri, a introduit le débat en évoquant les « tensions sociétales profondes » dont la zone saharo-sahélienne est le théâtre, au moment où les frontières issues de la décolonisation évoluent ailleurs (Soudan du Sud). Point positif : « Il y a eu des crises, mais ces zones sont moins mortifères que d’autres en Afrique. Une ingéniérie sociale est à l’œuvre et permet d’éviter le pire. »
Le chercheur estime cependant que « depuis les années 1980, il y a un cycle d’affaisement des Etats, qui éprouvent de plus en plus de difficultés à connaître et servir leur population. »
Ce point a été approfondi par la suite par la spécialiste du Mali Ferdaous Boulhel-Hardy, pour qui la « dépossession du pouvoir traditionnel » a été mal vécue par les populations, « avec l’idée que rien de viable ne l’a remplacé et que les élections sont perçues comme un mécanisme inégalitaire ».
Deux questions : quelles politiques publiques pour le Sahel ?
StarAfrica - L’enjeu sécuritaire semble parmi les plus importants dans la région. Vous avez par exemple évoqué la façon dont des groupes de plus en plus associés au trafic de cocaïne se sont armés, ce qui a accru le sentiment d’insécurité de leurs voisins. Dans le Sahel, quelles politiques publiques font barrage à la dégradation de la sécurité des populations ?
Alain Antil - Les attitudes des différents pays sont variées, si l’on prend l’exemple du Mali et de la Mauritanie, ont a eu vis-à-vis des questions de sécurité des attitudes très différentes. Assez étrangement, les services de sécurité maliens ont donné le sentiment d’abandonner des parties entières du territoire, n’offrant pas vraiment la sécurité aux populations du Nord par exemple. Il y a même des informations assez sérieuses faisant état de la participation de certains officiers supérieurs maliens aux trafics, y compris aux trafics de drogues. Ceci explique en partie la cassure qui s’était installée, dans l’armée malienne, entre la troupe et la haute hiérarchie militaire. En Mauritanie, même si la situation est loin d’être idéale, l’armée et les services de sécurité ont été réorganisés ces dernières années, ce qui a permis notamment au pays d’obtenir quelques succès remarquables dans la lutte contre Al Qaïda au Maghreb Islamique.
SA - La région du Sahel a une grande histoire. Avant la découverte de l’Amérique, l’or échangé en Méditerranée provenait du royaume florissant du Mali, par exemple. Aujourd’hui, avec ses territoires et ses peuples, quels atouts le Sahel peut-il faire valoir pour renouer avec la richesse et s’intégrer à l’économie et à la culture mondiales ?
AA - Les pays disposent de ressources énergétiques, minières, mais devraient surtout mener des politiques publiques pour soutenir les activités agro-pastorales, en effet une majorité de la population de cette zone est encore rurale (même si la croissance urbaine est très rapide). Si les systèmes agricoles n’arrivent pas à devenir plus performants, ces pays continueront à connaître de plus en plus fréquemment des problèmes alimentaires de plus en plus graves et déstabilisateurs. Enfin, dans chacun des pays sahéliens, on trouve des groupes ethniques, comme les Haouassa au Niger, qui ont une tradition marchande séculaire et qui sont une véritable richesse pour le pays. Les deux problèmes majeurs des ces pays restent leur retard en matière d’éducation et leur enclavement, deux très grands freins au développement.
Source : StarAfrica