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Le Mali va-t-il devenir le nouvel Afghanistan ?

dimanche 12 août 2012


Une intervention militaire au Mali risque d’engendrer plus de problèmes qu’on ne l’imagine.

Mise à jour du 5 août 2012 : Par la voix de soin ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, la France affirme qu’elle soutiendra l’intervention armée « inéluctable » de forces africaines au Mali. Mais « elle souhaite que ce soient les forces africaines, en particulier celles de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et éventuellement de l’Union africaine, qui prennent l’initiative. »

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Depuis que les rebelles islamistes et leurs alliés terroristes qui contrôlent la plus grande partie du nord du Mali se sont forgé une renommée internationale, ces derniers temps, en fouettant d’autres musulmans, qu’ils accusent de dévier de leur version de la charia et en détruisant des tombeaux dans la ville ancienne de Tombouctou, il est de plus en plus question dans les cercles diplomatiques de rumeurs d’intervention extérieure dans cette nation ouest-africaine paralysée.

Laurent Fabius, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, a récemment prédit que l’usage de la force serait « probable à un moment ou à un autre », pour reprendre le contrôle du nord du Mali, tandis que les dirigeants de l’Union Africaine (UA) laissent de plus en plus entendre qu’une intervention pourrait devenir inévitable.

La Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), constituée principalement de la plupart des voisins du Mali, a déjà élaboré une esquisse de projet d’intervention militaire, soutenu par les Etats-Unis, au moins sur le principe.

Tout semble indiquer qu’ils attendent le feu vert du gouvernement malien et des Nations unies, tous deux réticents à le donner, et qui ne viendra probablement pas pendant le mois sacré du ramadan.

Il est toujours difficile de savoir ce qu’il se passe exactement dans une région du monde qui génère davantage de rumeurs et de théories du complot que le Texas School Book Depository (l’immeuble d’où est partie la balle qui a tué le président Kennedy, en 1963).

Fausses analogies et analyses creuses

Tout le monde s’accorde sur une chose : au Mali c’est la pagaille, et la situation est bloquée.

Au début de l’année, des rebelles touareg au Sahara ont pris les armes contre le gouvernement central, qui n’a pas voulu y opposer une défense trop vigoureuse.

En mars, des soldats en colère ont chassé le président Amadou Toumani Touré du pouvoir, mais les responsables du coup d’Etat n’ont pas tardé à se heurter à un mur d’opposition de la part des politiciens, des voisins et des partenaires étrangers du Mali.

Ils ont rapidement cédé le pouvoir aux civils, au moins officiellement, mais depuis l’attentat qui faillit être fatal au président par intérim, Dioncounda Traoré, en mars, le nouveau gouvernement est incapable d’imposer son autorité.

Pendant ce temps dans le nord, une vague alliance entre séparatistes touareg et combattants islamistes chassait ce qu’il restait de l’armée malienne des deux-tiers du territoire national ; mais les deux camps n’ont pas tardé à se brouiller et à se retourner l’un contre l’autre.

Tous ces combats ont généré des centaines de milliers de réfugiés et permis à des islamistes solidement armés de garder le contrôle des grandes villes du nord et de l’est de cette vaste nation aride.

Et maintenant le pays affronte une invasion de sauterelles, ce qui ne manque pas d’ajouter une dimension biblique à une crise humanitaire accablante.

Le bruit du mois dans les cercles diplomatiques est que le Mali est en bonne voie pour devenir le prochain Afghanistan.

Dernièrement, le président du Niger voisin, Mahamadou Issoufou, son homologue béninois Boni Yayi (également président de l’UA) et d’autres diplomates d’Afrique de l’Ouest et de l’étranger s’en sont faits l’écho en jouant la carte de l’« Africanistan. »

Cette analogie est-elle vraiment valable ?

La drogue, les armes, les milices pseudo-islamiques : il est vrai que tous ces ingrédients sont présents dans le nord du Mali, et qu’ils forment un mélange toxique.

Il est également vrai qu’il existe des liens directs entre le nord du Mali et le sud-ouest de l’Asie, même s’ils sont ténus : le chef islamiste touareg Iyad Ag Ghaly, dirigeant du groupe Ansar Dine qui contrôle Tombouctou, a rejoint le salafisme à la fin des années 1990, quand les « missionnaires » pakistanais faisaient des visites régulières dans le nord du Mali.

Cela faisait de lui une exception à l’époque, même si cette branche particulière de l’islamisme est depuis devenue plus courante.

Pourtant, l’islam, tel qu’il est pratiqué dans le nord et le sud du Mali, reste une tradition tolérante, conciliante et profondément enracinée.

Et les Touareg —minorité à la fois au nord et au sud— entretiennent généralement des relations entre les sexes plus équitables que les autres peuples de la région.

Source : SlateAfrique