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La mort du roi Kadhafi divise les Africains

samedi 22 octobre 2011


Sur le continent, la mort de l’ex-Guide libyen provoque des réactions qui oscillent entre soulagement et colère contre l’Otan et l’Union africaine.

Est venu le temps où les dictateurs meurent presque en direct. Après 42 ans de pouvoir sans partage, Mouammar Kadhafi a été capturé et tué jeudi 20 octobre par les rebelles, appelés dorénavant combattants du CNT. Une nouvelle dont se félicite le quotidien algérien El watan, « la Libye est enfin libéré de son Tyran. » Mais le quotidien algérien ne manque pas de rappeler que cette mort s’inscrit dans le temps long, celui du printemps arabe, qui a débuté en décembre dernier en Tunisie. Mouammar Kadhafi est le troisième dirigeant à tomber après ses homologues tunisien et égyptien.

Emoi en Algérie

L’Algérie, un pays d’accueil en août dernier pour une partie de la famille Kadhafi, notamment sa femme et sa charismatique fille Aicha Kadhafi. Le choc de la nouvelle fut si grand, qu’Aicha fut hospitalisée. Elle serait évanouie à l’annonce de la mort de son père et celle de son frère Moutassim, selon le quotidien en ligne jordanien Al bawaba.

Rapidement la nouvelle se propage dans le pays en fin de matinée : Syrte est aux mains des combattants. En ce qui concerne le sort de Mouammar Kadhafi, les rumeurs vont bon train dans les rues libyennes et sur la Toile. Mouammar Kadhafi est d’abord captif et blessé aux deux jambes en début d’après-midi. Quelques heures plus tard, la nouvelle tombe : Kadhafi est mort. Pour preuve, l’image de son corps ensanglanté gisant dans une mosquée ou un supermarché de Misrata, à deux heures de Syrte.

Les Libyens sortent dans les rues et fêtent la fin de la guerre et la mort de Kadhafi. Au Caire, les Libyens, célèbrent également la fin d’une ère, avec laquelle beaucoup ont grandi, note le quotidien égyptien Masry al Yioum. Islam Ibrahim, un jeune homme de 21 ans, a fui son pays pendant la révolte menée contre Kadhafi.

« Aujourd’hui, c’est mon vrai anniversaire », dit-il, encore ému de la nouvelle. L’un de ses camarades ajoute que cette victoire, c’est celle de la jeunesse :

« Ce sont les jeunes qui ont fait tomber Kadhafi. Elle ne pouvait pas se rendre compte qu’elle pouvait gagner une bataille contre une autre génération. »

On pleure un « parrain »

Autre ton au Maroc. Le portail d’information Au fait profite de la mort de Kadhafi, pour revenir sur les rapports tendus qu’entretenaient les deux pays sous le régime du Guide, des rapports qu’il compare à une « douche écossaise ». Mais il suffit de passer le Sahara, pour entendre des voix plus nuancées sur la mort violente de l’ancien dictateur. On le disait bouffon, roi d’Afrique mais son image et sa fortune ont marqué nombre de pays africains. Elu à la tête de l’Union africaine le 2 février 2009, il se présentait, vêtu d’une tunique aux reflets d’or, comme « le roi des rois traditionnels d’Afrique ». Des symboles que certains n’oublient pas.

Au Mali, Kadhafi est apprécié. Il avait apporté un soutien économique au président malien Amadou Toumani Touré, via des grands projets hôteliers dans la capitale ou le financement de la télévision nationale à ses débuts. Il est élevé au rang de « martyre » et salué en véritable « héros » par le journal Républicain malien. Le portail d’information Bamanet a choisi de publier les réactions des citoyens maliens, très en verve. Si certains ont prié pour le repos de son âme, d’autres se sont indignés du rôle de l’Otan dans cette affaire. « Un crime signé Otan », renchérit le site d’information sénégalais Sud Quotidien. Même tristesse au Tchad. « Le pays se sent comme orphelin », souligne brièvement le Journal du Tchad.

Toutefois, il ne faudrait pas oublier les connivences entre Kadhafi et les dirigeants africains. Sa mort attriste nombre d’entre eux. Ils perdent un camarade de poids sur la scène africaine et aucun d’eux ne voudraient d’une même fin. « La mort de Kadhafi veut dire un camarade de moins pour le président Robert Mugabe », déclare Iden Wetherell, rédacteur en chef de The Independent au Zimbabwe. Même mort, Kadhafi l’africain divise l’Afrique.

Lala Ndiaye, Jacques-Alexandre Essosso et Nadéra Bouazza