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La Mauritanie, « village gaulois » de la mondialisation
lundi 17 octobre 2011
Ce article a valu à son auteur, Zahra Cheikh Melainine, le prix Habib Ould Mahfoudh.
Notre histoire coloniale a donné naissance à une entité hybride entre arabité et africanisme où se mêlent appels de muezzins et chants de griots. L’odeur du henné s’y superpose à celle du bissap ; Celle du tieboudien effleure celle du couscous, sans jamais s’y mélanger. Terre où le boubou dévoile ce que n’aurait pu divulguer une melahfa. Tout suggérer sans ne jamais rien affirmer.
Ce pluralisme culturel en fait l’unicité. Il tend à rappeler une contrée où un personnage de Maalouf - Léon peut-être – aurait pu faire escale. Un endroit à la fois concentré de mondes et monde à part. L’Antre des oxymores : La Mauritanie ou l’arabité-africaine, la modernité-moyenâgeuse, le nomadisme-sédentaire, l’analphabétisme-poète, la tolérance- esclavagiste.
Aucune sensation n’est semblable à celle que procure un face à face avec cette étendue désertique. Un rendez vous avec son for intérieur.
Un dialogue avec l’infini qui donne à penser l’insignifiance de son existence. Ce pays possède une noblesse, une profondeur que l’on ne peut retrouver ailleurs. C’est probablement ce qu’on appelle « renouer avec ses racines ». Il y’a peut être en chacun de nous un lien transcendant qui nous rattache à notre terre d’origine.
Tendez l’oreille. Vous entendrez la musique faite par de la vaisselle qui clinque et de l’eau qui bout. Puis des odeurs. Un verre. Deux verres. Trois verres. C’est ce thé, si amer mais si doux, qui rythme des discussions dans une langue si chantante, point d’orgue de toute assemblée maure. Le temps ne passe pas. Il coule, caresse la vie. Il n’est pas un ennemi, Il accompagne lentement.
En Mauritanie, l’on s’arroge le droit à la paresse. Pas celle que l’occident diabolise, mais la vertu, celle d’Oblomov, que les romains encensèrent.
« L’Homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire »1 disait-il. Certainement pas la votre Monsieur le Président ! Votre modernité hyperactive ne nous intéresse pas. Nous ne sommes pas candidats à cette course à- qui- mieux- mieux.
Ne vous y détrompez pas. Il ne s’agit pas d’un anti- Dakar. Je n’ai pas la prétention d’un nègre présidentiel. Il ne s’agit pas non plus d’un plaidoyer pour la médiocrité. Mais d’une ode à la résistance culturelle. Dans cette course mondiale à la croissance économique nous avançons. Lentement. Trop lentement probablement, portant en bandoulière le fardeau du passé culturel et colonial. Mais nous avons le mérite de ne pas nous oublier.
Nos mères se passionnent pour des feuilletons turcs. Nos jeunes portent à leurs oreilles des technologies asiatiques et socialisent grâce à Zuckerberg 2. Notre déjeuner nous parvient, comme tout le reste, par conteneurs, faute d’industries locales… En Mauritanie, comme partout ailleurs, la boisson gazeuse américaine, nous la consommons, nous l’aimons. Mais, comme nulle part ailleurs, nous la mélangeons avec du lait de chamelle !
Voilà ce qu’est La Mauritanie : « irréductible village gaulois » face à la Mondialisation.
Dans ce monde où modernisation va de pair avec occidentalisation, le Mauritanien brandit un veto identitaire à cette culture globale. Entendons-nous : il y cède parfois mais sans déni de soi. La question est de savoir si cet attachement quasi-épidermique à son héritage culturel et traditionnel ne pourrait pas à terme constituer une entrave au développement. Pour avancer ne faut-il pas se délester ?
Zahra Cheikh Melainine
1 Référence au discours de Dakar rédigé par Henry Gaino et prononcé par le président de la République française Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
2 Référence à Marc Zuckerberg, fondateur de Facebook