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L’intérêt du peuple prime sur les conflits politiques

dimanche 8 avril 2012


Éditorial de L’Authentique

La Mauritanie vit depuis quelques mois au rythme de rivalités sans précédent entre l’opposition et la majorité, dans un contexte caractérisé par la recrudescence des mécontentements populaires dus à la détérioration des conditions de vie, elles-mêmes consécutives à la flambée des prix et au spectre de la sécheresse qui frappe le pays depuis le début de cette année.

Une situation qui intensifie la tension générale présente dans le pays et les agissements de nature à créer plus de crispation et d’escalade politique entre les deux camps de la classe politique nationale, sans que l’une ou l’autre manifeste ses préoccupations des problèmes du peuple ou présente une vision crédible et opérationnelle pour alléger les souffrances des citoyens sur toute l’étendue du territoire national. Une impasse qui prend naissance dans un contexte marqué par la résurgence de catastrophes naturelles et des dangers sécuritaires qui menacent aujourd’hui toute la sous-région du Sahel et du Sahara. La classe politique nationale a transformé le pays en arène de combat violent contre le pouvoir, concentrant ses efforts à pousser le peuple à rallier l’un de deux pôles protagonistes, sans tenir compte des conséquences imprévisibles que cela peut avoir. Ce camp cherche, par tous les moyens dont il peut disposer- à destituer son adversaire du pouvoir pour le remplacer et cette autre force persévère dans sa mainmise sur l’autorité pour garder sa place et refouler les caprices de son rival, mettant à contribution tous les moyens qu’elle détient. Entre les deux ennemis jurés, le peuple reste stupéfait et indécis, inconscient des gros risques que son élite politique peut lui créer, de nature à assombrir le futur et à menacer l’entité du pays. La majorité est occupée par ses querelles intestines sur les postes et les distinctions que peut lui offrir sa proximité du pouvoir et personne ne fait des conseils sincères à cette autorité. Pire, personne n’attache la moindre importance à l’intérêt général ou manifeste la plus infime responsabilité envers les souffrances et les attentes du peuple. Personne au sein de la majorité ne rapporte au président de la république la réalité sur le terrain des conditions de vie des mauritaniens ou se conforme aux responsabilités générales dont il a été investies, portant sur le destin des citoyens. Chacun est absorbé par le conflit mené par le lobby auquel il appartient contre les autres groupes de pression rivaux, pour s’accaparer du gâteau de la contiguïté du pouvoir. Paradoxalement, tous ne sont pas concernés par les promesses du président de la république devant ce peuple, à qui il a accordé sa confiance et ses voix aux élections présidentielles, alors qu’il a refusé à son entourage ce crédit et ce vote. Comme le président est celui qui a nommé les responsables du gouvernement et de son administration, c’est lui qui détient la satisfaction des revendications et de la volonté du peuple, lesquelles montrent clairement son mécontentement de l’inefficacité de l’action de ces autorités, à travers les appels demandant d’écarter les ratés et à maintenir les compétents et les fidèles, conformément au respect de l’application du principe de la sanction et de la récompense et à la consécration de la règle de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Dans l’autre camp, l’opposition a oublié ses contradictions ainsi que ses différences structurelles et idéologiques pour définir son objectif visant à déstabiliser le pouvoir et à le plier à céder à ses pressions, brandissant un slogan unique se résumant dans le « départ du régime ». Les adversaires du président Mohamed Ould Abdel Aziz ont fait bouger des manifestations populaires et ont organisé des meetings, non pour se solidariser avec le peuple dans cette situation difficile et exceptionnelle à laquelle il est confronté, mais pour le mobiliser contre le régime aux fins de réaliser leurs ambitions d’accession au pouvoir et de confisquer le gâteau du règne de la majorité. Les leaders de la COD ont joué sur des accordéons extrêmement sensibles pour atteindre leurs objectifs. Certains d’entre eux ont même piétiné les fondements de la paix sociale et de l’unité nationale, centralisant tout leur combat politique et l’intérêt national dans le slogan unique à savoir « dégager le système ». Ces manifestants ont oublié que les mauritaniens ne sont pas flattés par ce qui s’est passé en Libye et au Yémen, non plus par ces génocides, cette destruction et ces exodes qui ravagent la Syrie et qu’ils ne sont pas également enthousiasmés pour jeter leur pays dans un chaos semblable à ce qui se passe sur les frontières Est. Le peuple mauritanien a plus que jamais besoin aujourd’hui d’une classe politique qui partage avec lui ses maux et ses espoirs, qui met l’intérêt général devant ses aspirations individuelles et ses buts personnels étroits. Le peuple a besoin d’un pouvoir qui est conscient de sa responsabilité de garant de son bien-être et de sa sécurité ainsi que d’une opposition qui partage avec lui son vécu, qui ressent ses soucis, demande l’amélioration de ses conditions de vie, veille sur la sécurité, la paix, la cohésion de ses composantes . Une opposition qui croit en la démocratie, respecte le choix du peuple quand il élit un pouvoir, attend son tour pour mener de nouveau la compétition dans l’obtention de la confiance du peuple, à travers un discours politique et national responsable, une vision nationale générale qui transcende les considérations personnelles et les interactions conjoncturelles. Comme l’exemple malien qui se déroule sur nos frontières Est a constitué pour nous une leçon pour éviter de tomber dans le même labyrinthe chaotique, d’instabilité, de dangers, de désintégration et de destruction, l’exploit sénégalais sur nos frontières sud doit nous servir de modèle à reproduire en traduisant le multipartisme dans ses plus beaux draps, avec le respect de la volonté de la majorité et du choix du peuple exprimé par les urnes, loin des slogans démagogiques, lesquels ont montré qu’ils sont plus porteurs de malheur et de risques élevés que de bonheur aux Etats. Le peuple est celui qui confère le pouvoir et les urnes sont elles qui décident le départ du régime, qui donnent l’autorité à celui qui réussit à obtenir la confiance de la majorité. C’est cela la démocratie et l’alternance politique qui fait sa force et qui fait de la majorité d’aujourd’hui l’opposition de demain et l’opposition d’aujourd’hui, la détentrice du pouvoir de demain.

La Redaction du journal l’Authentique

Source : Journal L’Authentique