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L’instabilité au Sahel a un impact sur la Mauritanie

mardi 20 mars 2012


Du terrorisme à la rébellion touareg, les spécialistes expliquent que l’insécurité au Sahel menace la Mauritanie.

Confrontés à de multiples crises dans la région du Sahel-Sahara, des spécialistes mauritaniens se sont récemment réunis pour discuter de la réponse que le pays devrait apporter.

Des spécialistes, des ambassadeurs et des responsables politiques participaient à cette rencontre organisée le 11 mars, sous le thème "Sécurité et stabilité au Sahel : réalité et perspectives".

Ce séminaire s’était fixé pour objectif de traiter des problèmes liés au conflit, à la sécurité et au développement, les changements majeurs intervenant dans les pays voisins, et leur impact sur la situation en Mauritanie, selon Mohamed Ould Sid Ahmed Val, directeur du Centre mauritanien de recherches et d’études humanitaires, organisateur de ce forum.

Il a ajouté que la situation au Sahel plaçait les pays à "un point particulier qui les contraint à poser les fondements d’une nouvelle phase d’action régionale conjointe selon une approche pragmatique, basée essentiellement sur la lutte contre les menaces sécuritaires dans la région".

Ould Sid Ahmed Val a expliqué que ce forum cherchait à répondre à un certain nombre de questions, notamment "Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), la sécheresse, l’injustice, l’illétrisme, les trafics d’armes et de stupéfiants seront-ils des facteurs de destruction du projet d’Etats-nations pour les pays du Sahel ?"

Il a également parlé de la manière dont les politiques publiques pouvaient alléger la gravité des conflits ethniques, ainsi que de l’impact de ces conflits sur les relations entre les pays du Sahel.

Pour sa part, l’écrivain et diplomate Mohamed Lamine Ould al-Ketab a expliqué que la sécurité régionale était affectée par les gangs de hors-la-loi qui se livrent à des trafics de drogue en provenance d’Amérique latine, et participent à des actes terroristes, des vols à main armés et des enlèvements pour des rançons.

"Les conflits ethniques dans les sociétés sahéliennes et les guerres civiles qui en résultent peuvent saper la sécurité et la stabilité de ces pays", a-t-il ajouté. "Cela est encore renforcé par l’impact des contradictions chroniques entre certains pays du Maghreb et des machinations, de la perte de confiance et du manque de coopération et de coordination qui en résultent pour mettre en place la sécurité et la stabilité aux niveaux sahélien et mahgrébin."

L’ambassadeur Mahfoud Ould Dedach a quant à lui affirmé dans un long discours que les mouvements enregistrés dans la région du Sahel, plus précisément au Mali et au Niger, ne relevaient pas des seuls pays du Sahel, mais aussi de leurs voisins du Maghreb.

"La dimension idéologique est la principale cause des conflits au Sahel, notamment la position d’al-Qaida", a-t-il expliqué. "De plus, les divisions coloniales qui ont posé les fondements de la naissance des Etats-nations au Sahel sans tenir compte des considérations nationales font partie des causes des actuels problèmes ethniques entre les Touaregs et le gouvernement malien ; un état de fait qui se reflète directement sur les autres pays du Maghreb arabe et en Mauritanie, notamment dans les provinces du sud-est qui entretiennent des liens historiques avec le nord du Mali."

Ould Dedach a ajouté que "la contraction de l’Etat-nation et son échec à assurer le développement économique et une réelle harmonie sociale, et son aliénation de la part des citoyens ont accentué le problème au Sahel, en particulier dans la mesure où les peuples de cette région n’ont jamais connu un Etat national au cours de leur longue histoire."

Pour sa part, l’ambassadeur et ancien ministre du Logement Mohammed Val Ould Belal a expliqué que "l’avenir de la région du Sahel est soumis à énormément de risques dans un avenir proche, et ses pays paient le prix de leur situation géographique qui les place dans une région de conflits permanents qui n’ont connu aucune frontière ni aucune stabilité durant leur longue histoire."

"L’arrivée d’al-Qaida, des réseaux de trafiquants, des camps d’entraînement et [leur] implication dans des conflits traditionnels ont fait passer le Sahel d’une zone de neutralité à une véritable poudrière prête à exploser", a-t-il ajouté. "Cela nous place devant des guerres intrinsèquement liées entre les Touaregs et l’armée malienne, al-Qaida et le Mali, les Arabes et al-Qaida, et les Touaregs et les Arabes."

Ould Belal a ajouté que les guerres au Sahel étaient des conflits entre réseaux, rendus encore plus complexes par le manque de visibilité dans la communauté de l’Azaouad. "Il est difficile de savoir qui se bat contre qui, car certains Africains sont alliés des Touaregs et certains Arabes combattent aux côtés du Mali. De plus, il existe plus de dix mouvements touaregs différents", a-t-il ajouté.

Il a conclu en affirmant qu’une résolution de ce conflit ne sera pas possible sans une intervention de la communauté internationale "pour imposer un règlement urgent et raisonnable".

Source : Magharebia