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Khadidja Mohsen-Finan : C. Ross veut sortir "le conflit du Sahara Occidental de son aspect figé et immobile"

mercredi 23 mai 2012


Pourquoi le Maroc a-t-il décidé de « retirer sa confiance » à l’ambassadeur Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon ? A-t-il été vraiment « impartial » comme l’affirme le gouvernement marocain ? Quel impact peut avoir cette décision alors que Ban Ki-moon et les Etats-Unis ont réaffirmé leur confiance dans l’émissaire de l’Onu.

La politologue Khadija Mohsen-Finan (*), spécialiste du dossier du Sahara Occidental apporte, ici, des éclairages instructifs. Elle décrypte la démarche de M.Ross qui, selon elle, "veut sortir du schéma binaire" avec l’appui de sa hiérarchie.

Comment interprétez-vous la décision du Maroc de retirer sa confiance à l’émissaire des Nations unies pour le Sahara occidental, Christopher Ross ?

Le désaveu de Christopher Ross par le Maroc n’est pas une surprise. Rabat avait envoyé son ministre des Affaires étrangères, Saad Eddine El Othmani, à Washington une semaine avant son annonce pour demander le renvoi de Christopher Ross. Mais cela n’avait pas été efficace car le sous-secrétaire d’Etat américain, William Burns, s’était opposé à la demande du ministre des Affaires étrangères marocain .

Pourquoi la décision du Maroc intervient à ce moment-là ?

Il est possible que Rabat ait attendu un mois après la parution du rapport pour signifier au nouveau gouvernement français dirigé par le socialiste François Hollande la fermeté de sa position, après le départ de Nicolas Sarkozy qui soutenait la position du Maroc. Mais c’est peut-être aussi un message envoyé à Christopher Ross qui prévoyait un voyage au Sahara occidental en mai.

Christopher Ross a-t-il vraiment été « impartial » comme lui reproche le Maroc ?

Il faut que les deux parties comprennent que l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a une tâche bien particulière à remplir : il doit maintenir le dossier dont il est en charge sur l’agenda international et doit aussi attirer l’attention de sa hiérarchie sur les conséquences des difficultés rencontrées sur le terrain, les défis ou les blocages. C’est exactement ce que fait Christopher Ross en 2012. Mais ce qui est nouveau, c’est que cette fois ses remarques sont inscrites dans le rapport et il a l’appui de Ban Ki-moon. Ce dernier ne s’est pas abrité derrière la fin d’un mandat ou encore en lui demandant de démissionner, il cautionne ses remarques.

Dans tous les cas, nous sommes devant des pratiques qui gagneraient à être dépassées. Les envoyés spéciaux n’ont pas vocation à séduire ou à être désavoués, leur rôle est ailleurs. En outre, le rapport ne ménage pas non plus la partie adverse. Il faut sortir de cette lecture binaire qui consiste à croire que tous ceux qui ont des critiques à formuler au Maroc sont favorables au Front Polisario et inversement. D’ailleurs le diplomate américain Christopher Ross, fin connaisseur de la région, l’a bien compris en disant que les belligérants devaient prendre en compte « le peuple du Sahara ». Au final c’est à lui de se prononcer sur l’avenir de ce territoire.

Quel impact peut avoir une telle décision dans les relations entre le Maroc et l’ONU ?

On ne sait pas encore jusqu’où peuvent aller les tensions entre Rabat et l’ONU. Mais une chose est sûre, le rapport existe et les observations de Christopher Ross montrent clairement que la mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara (la Minurso) a dû mal à s’acquitter de sa mission sur le terrain.

Quelles conséquences risquent d’avoir la décision du Maroc sur le processus de règlement du conflit ?

Je ne suis pas sûre que ça ait des conséquences majeures sur le règlement du conflit. Toutefois, bien plus que ses prédécesseurs Christopher Ross, a ressenti le besoin de montrer que ce conflit ne pouvait pas rester indéfiniment l’otage de ceux qui en ont conçu la sortie il y a quelques décennies.

Il tente d’extraire le conflit de son aspect figé et immobile et le place dans la dynamique des printemps arabes sur laquelle il prend appui pour renouveler le registre de l’offre en matière de règlement. Il pense qu’il faut sortir du tête-à-tête entre les parties et associer d’autres Maghrébins à une recherche de sortie de crise, sachant qu’au final et quelle que soit la méthode retenue, c’est bien le « peuple du Sahara » qui décidera de son avenir. C’est aussi une manière de dépasser les blocages et les vieux schèmes qui se sont avérés inopérants. Il veut sortir du schéma binaire, sa hiérarchie le suit et c’est déjà un grand pas.

(*) - Khadija Mohsen-Finan est chercheure associée à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et maître de conférences à l’Université Paris VIII. Spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes, elle travaille également sur l’intégration des populations musulmanes en Europe. Elle a dirigé en 2011 la publication de Le Maghreb dans les relations internationales (CNRS éditions).

Source : MaghrebEmergent.com

Messages

  • c est une algerienne au service du DRS.la preuve ;elle ne peut pas evoquer le role joué par son pays pour affaiblir le maroc via le polisario

  • toute solution qui ne respecterait pas l integrite du royaume du maroc serait vouee a l echec