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Initiative de Messaoud : Pas d’éclaircie en vue

lundi 18 février 2013


C’est fait ! Le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), a lancé, le 11 février 2013, officiellement, au palais des congrès, son initiative de sortie de crise en Mauritanie.

Messaoud Ould Boulkheir, dans son discours, a indiqué que, « ce qui se passe au Mali, doit servir de sonnette d’alarme pour la Mauritanie ». Il a aussi souligné que la forte mobilisation pour son initiative doit être vue comme la volonté de tous les Mauritaniens de servir l’intérêt général. Il a aussi remercié tous ceux qui ont soutenu ses propositions de sortie de crise, quand elles ont été avancées, soulignant que son initiative a maintenant un important impact sur la rue mauritanienne. Passant en revue les principaux objectifs de cette initiative, Messaoud Ould Boulkheir dira qu’il s’agit de trouver un consensus national, entre les différents partenaires politiques, pour organiser les futures élections municipales et législatives et la constitution d’un front intérieur solide capable de faire face aux différents défis auxquels fait face la Mauritanie. La vice-présidente du parti Adil (Majorité), Fatimetou Mint Khattry, avait lu un résumé de l’initiative qui renferme bien, parmi ses propositions, la formation d’un gouvernement d’union nationale, avec à sa tête un Premier ministre disposant de larges prérogatives et qui devraient présider à l’organisation des élections à venir.

Et d’après des déclarations faites à l’issue du lancement de l’initiative, les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), ont montré leur disposition favorable à cette initiative ; sans doute parce qu’ils misent sur le fait que la Majorité va réitérer, le refus de la formation d’un gouvernement d’union nationale, idée qui ne contiendrait pas au président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a toujours indiqué, dans des déclarations précédentes, que cela ne s’impose nullement, puisque le rôle de l’opposition est de s’opposer et qu’il n’y a pas de crise dans le pays.

On peut donc dire que, comme l’ont annoncé plusieurs observateurs de la scène politique mauritanienne, le lancement officiel de l’initiative de Messaoud et la forte mobilisation qu’elle a suscitée, ne sont pas des garanties évidentes pour son acceptation et son succès. Un préalable dont on ne semble pas avoir tenu compte vraiment était d’abord de convaincre le président Aziz de son de son opportunité, si ce n’est de son utilité. Non seulement pour lui, qui est en bute à une crise politique depuis son élection en juillet 2009, mais aussi pour le pays qui commence vraiment à sentir – ressentir- les contrecoups d’une situation de malaise profond au sein de populations soumises à une « guerre » politique qui est loin d’être la leur et des problèmes économiques qui lui sont inhérents.

Ne pas désespérer

Toujours est-il que le succès du lancement de l’initiative invite à garder l’espoir. C’est déjà un bon point de marquer pour le président de l’Assemblée nationale que d’avoir réussi à réunir autour de la même table les protagonistes de la crise politique dans le pays. C’est aussi un succès évident que de chercher à s’appuyer sur les organisations de la société civile venues nombreuses pour soutenir une initiative destinée, avant tout, à réconcilier les politiques.

Même si tout laisse croire que ce n’est pas demain que ces derniers vont s’entendre pour mettre en œuvre des propositions concrètes de sortie de crise, passant, nécessairement, par l’organisation des élections municipales et législatives, il est certain que l’initiative constitue une sorte de déclic pour rompre avec la logique de la confrontation ouverte.

D’aucuns pourraient penser, à tort ou à raison, qu’Ould Abdel Aziz a là une énième occasion de faire durer les choses. Le temps que les partis mettront à étudier les propositions de Messaoud, à se prononcer sur elles et à revenir pour confronter leurs points de vue et leurs contre-propositions permettra au pouvoir de voir venir. Ils l’inscrivent ainsi dans la droite ligne de tous ces « évènements » (dialogue, enrôlement, CENI, etc) qui « tuent » le temps en attendant d’envisager la problématique de sortie de crise autrement. Et alors, revient la question des élections, d’un parlement et d’élus municipaux qui sont entrés, depuis un an, dans une « prolongation » qui commence vraiment à égratigner, sérieusement, l’image de la démocratie mauritanienne. Et le pouvoir est le premier à devoir s’en rendre compte et à savoir que la recherche d’une solution à la crise lui incombe avant tout. L’opportunité que lui offre l’initiative de Messaoud lui permet deux choses à la fois : s’ouvrir à la COD, sans vraiment donné l’impression d’avoir cédé à la pression qu’elle a exercée sur lui durant plusieurs mois, et se trouver une issue pour pouvoir organiser des élections municipales et législatives qui, quoi qu’on dise aussi, relève de sa responsabilité. Reste maintenant que d’autres paramètres, comme ceux évoqués plus haut (enrôlement, Ceni, etc) sont déterminants dans la perspective de ce qui adviendra, sur le plan politique, dans les prochains mois. Attendons voir.

MOMS

Source : Journal L’Authentique