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Guerre au Mali : La Mauritanie officielle face à ses opinions religieuses
lundi 21 janvier 2013
Alors que sur le plan officiel, la position de la Mauritanie par rapport à la guerre au Mali semble évoluer vers une possible participation, l’opinion publique tous bords confondus semble totalement réfractaire à cette option. Le combat interne est soutenu par un consensus quasi confirmé de l’ensemble de la classe politique et religieuse. Certains érudits auraient même décrété une Fatwa interdisant toute implication de la Mauritanie dans un conflit que ses détracteurs semblent vouloir circonscrire à un seul pays, la France.
Les islamistes déclarés ou non, tels le parti Tawassoul ou encore Hatem, ont condamné toute ingérence de la Mauritanie dans la guerre qui se déroule au Mali. Dans une longue déclaration publiée hier, le parti Tawassoul considère que la crise malienne ne date pas d’hier et que l’évolution qu’elle connaît aujourd’hui n’est nullement une surprise. S’en suivit la genèse de la lutte pour la libération de l’Azawad, jusqu’à la guerre en Lybie qui aurait donné aux indépendantistes touarègues les armes pour leur ambition.
La France ne serait pas ainsi, selon la déclaration, un invité surprise dans ce pré-carré postcolonial, puisqu’elle y aurait toujours joué un « rôle douteux » et aurait même participé à « l’effondrement du régime démocratique du Mali », aidé par des pays de la sous région comme la Mauritanie.
Ce qui ouvrit, d’après cette analyse, la porte au chaos et à l’anarchie. Et de mettre en exergue les 2.300 kilomètres de frontières qui nous séparent du Mali, des intérêts réciproques entre les deux pays et leurs peuples. En définitive, Tawassoul déclare condamner l’intervention française au Mali, tout comme le parti déclare condamner et rejeter les groupes qui prônent l’extrémisme religieux et la violence. Tawassoul réitère ainsi son appel pour une solution consensuelle et pacifique pour résoudre la crise, pour l’intérêt du Mali et de son intégrité territoriale.
Plus tranchée, cette lettre non signée, où une trentaine de personnalités religieuses, dont des Ulémas et des hommes de science, ont exprimé leur refus de la guerre qui se déroule au Mali.
Pour eux, cette guerre est menée par « des ennemis de l’Islam » et qu’elle n’est que « le prolongement de l’aventure coloniale visant les pays musulmans ». Ils ont demandé aux autorités mauritaniennes de s’abstenir de fournir la moindre aide dans ce conflit, soulignant qu’un tel acte serait répréhensible, du point de vue religieux.
Un avis que ne semble pourtant pas partager l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), qui malgré son appel au cessez-le-feu, a dit tout son soutien au Mali « dans ses efforts pour récupérer les zones nord sous contrôle de groupes armés… ». L’OCI affirme ainsi soutenir la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le déploiement d’une force africaine au Mali. Tout ce débat autour du dossier malien, vu sous l’aspect religieux, bat son plein, pendant que la situation sur le terrain semble avoir dangereusement évolué, avec la prise de 41 otages européens par les Jihadistes sur une plateforme pétrolière en Algérie, dont 9 américains et l’avancée des islamistes radicaux vers de nouvelles conquêtes.
La France, par la voix de son ministre de la Défense, Jean-Yves Ledrian, a reconnu hier, que « les forces françaises font face à une situation difficile au Mali et ce après avoir réussi à faire sortir les islamistes de la localité de Kona ». Il s’avèrera par la suite que la ville de Kona est toujours entre les mains des Salafistes jihadistes et qu’ils continuent de défendre la ville de Diabali qu’ils avaient conquis et la ville de Kala.
Le péril jihadiste est tel que la Mauritanie vient de classer sa frontière avec le Mali « Zone militaire ».
Cette information rapportée par des sources de presse, précise que cette mesure vise à mieux assurer la surveillance de la ligne de front et de contrôler le moindre mouvement.
Mais pour certains observateurs, cette décision signifie le transfert de toute la zone frontalière avec le Mali, quelques 7 régions de l’Est, sous la coupole de l’armée. Elle sera ainsi la seule habilité à délivrer des autorisations d’entrée ou de sortie du territoire national, avec un pouvoir des polices des frontières qui lui donnent les pleins pouvoir sur le contrôle des identités.
Cheikh Aïdara
Source : Journal L’Authentique