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Financements : Beaucoup d’argent et de…misère
samedi 5 novembre 2011
Par Sneiba Mohamed
Au moment où le président Mohamed Ould Abdel Aziz entame une visite à Néma, pour le lancement de plusieurs projets de développement, la Banque mondiale annonce le décaissement, sur trois ans, de quelque 330 millions de dollars US (environ 89 milliards d’ouguiyas) et le FMI délivre un satisfecit retentissant pour la pour la gestion économico-financière du pays. C’est, pourrait-on dire, de bons augures, pour l’année 2012 qui commence sous peu mais il y a de fortes craintes de voir perdurer la situation de crise dont les conséquences sur le mode de vie des populations sont visibles à l’œil nu.
Ce qu’il faut comprendre à la longue, c’est cette situation équivoque : Les financements arrivent, c’est certain, mais la misère s’accentue de jour en jour. Les populations ne cachent plus leur désarroi face à l’incapacité du gouvernement à bien gérer la manne provenant de l’aide publique au développement (APD) mais aussi des investissements directs étrangers (IDE). Trop de programmes, tue les programmes, serait-on tenter de dire, pour paraphraser le dicton qui dit « trop d’impôt tue l’impôt ». C’est une impression de dispersion généralisée qui empêche les mauritaniens d’avoir une vision claire de l’action du gouvernement qui ramène tout au programme électoral du président Aziz, sans que l’on sache, véritablement, par où commencer et où s’arrêter. Au niveau de Nouakchott, l’orientation des investissements (sur financement de l’Etat ?) vers les infrastructures routières et les lotissements sociaux (pour mettre fin au phénomène des gazras) ainsi qu’à une supposé amélioration des services de santé ressemble à cette face visible de l’iceberg qui n’arrive pas à cacher l’océan de misère et de détresse de la plupart des populations vivant dans les quartiers périphériques de Nouakchott. Y compris ceux qui font la « fierté » du gouvernement considérant qu’ils sont l’antithèse de tout ce que les régimes précédents avaient entrepris dans le domaine de l’habitat social. Les « performances » évoquées par le ministre des Affaires économiques et du développement, Sidi Ould Tah, avec le représentant-résident de la Banque mondiale en Mauritanie, Moctar Thiam, ne peuvent servir de trompe la faim à des citoyens qui tirent le diable par la queue et ne comprennent plus rien à la propension de leurs gouvernants de tout regarder suivant le prisme déformant des données macroéconomiques et non de leur vécu. Le riz, le sucre, le blé et l’huile coûtent tellement chers aujourd’hui que l’on ne prête plus attention à ces goudrons se voulant une pâle imitation de ceux des grandes villes d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. Une telle « attraction » (que les Nouakchottois ont pris l’habitude d’appeler « les goudrons d’Aziz ») n’attire plus les regards et les commentaires de ceux qui voyaient déjà les chantiers du « changement constructif » faire de leur capitale le New York de l’Afrique ! Les misères de la vie, l’incapacité pour bon nombre de pères de famille de joindre les deux bouts, même quand ils versent dans le système D (chauffeurs de taxi, à mi ou plein temps, courtiers dans le monde compliqué de l’immobilier et des bourses de voitures, « Nokta sakhina » ou « marché Tieb-tieb »), font dire à la plupart de ces « damnés de la terre » qu’il faut bien que le gouvernement change de fusil d’épaule et pense à l’essentiel. Goudrons et nouvelles villes (Ribat El Bahr, Chami, Termessa, Nbeïket Lahwach, Rosso) peuvent attendre que passe la tempête. La sécheresse est à nos portes et ce n’est pas en pensant à rattraper le temps perdu, dans le domaine des infrastructures qu’on s’attirera les voix, aux prochaines élections municipales et législatives, d’éleveurs, agriculteurs et de citoyens pauvres qui ont des préoccupations de survie.
Excès de confiance
Pourtant l’on est tenté de dire que le gouvernement pèche par excès de confiance. Quand le président Aziz avait déclaré, le 5 août dernier, lors du désormais traditionnel « direct avec le peuple » que les réserves en devises de la Mauritanie plafonne à 511 millions d’USD, il n’avait sans doute pas à l’esprit qu’une telle « révélation », dont l’objectif apparent est de booster la confiance des citoyens en leurs gouvernants, peut produire l’effet inverse. Certains se disent – et ils n’ont pas tout à fait tort – que si l’Etat a des fonds conséquents dans ses caisses, il faut bien que cela se sente, par l’effet de la redistribution, sur le vécu des populations. Mais, au contraire, la pression sur ces dernières devient de plus en plus forte, par l’augmentation des prix du carburant entraînant dans son sillage celles de tous les produits de première nécessité.
D’aucuns pensent que le gouvernement se devait d’adopter une attitude de franchise avec les citoyens, en leur révélant le véritable état des finances du pays. Mais, surtout, en n’entretenant pas une sorte de flou artistique sur qui finance quoi.
L’interjection auprès des partenaires multilatéraux de la Mauritanie, notamment le FMI, en juin dernier, ne va pas dans le sens de l’amélioration, subite (mois de 3 mois) des finances publiques mais surtout des données de la BCM ! A l’époque, le FMI parlait de 287 millions de dollars US comme réserves en devises (2,1 mois d’importations) et les autorités monétaires du pays n’avaient pas fait de commentaires « désobligeants » sur ce chiffre que des experts pensent être plus proche de la réalité.
D’ailleurs, la lettre d‘intention adressée au FMI, le 6 juin dernier, dans laquelle sont décrites les politiques que le gouvernement entend mettre en œuvre à l’appui de sa demande de concours financier du FMI, et signée par Thiam Diombar, ministre des Finances, Sidi Ould Tah, ministre économique des affaires économiques et du développement, et Sid‘Ahmed Ould Raiss, actuel gouverneur de la BCM), donne tous les détails de ces fonds. Y sont esquissées également, avec la même vigueur de celui qui sollicite une aide, l’évolution et les perspectives futures des agrégats et politiques économiques du pays. A l’époque, un site de la place avait bien voulant voir de plus près la structure « microscopique » de ces réserves en devises écrivant qu’elles « se répartissent entre les actifs nets de la banque, les prêts et dons accordés, mais aussi, les échéances de remboursements. D‘où ce chiffre, qui est le plus important pour mesurer le plafond réel des réserves en devises du pays : 48,9 millions de dollars. Il correspond aux « réserves internationales NETTES de la BCM » à la fin juin 2011, il y a un mois et demi à peine. « C‘est ce chiffre qui est le réel indice de performance de nos réserves nationales », commente un financier d‘une banque à Nouakchott. Alors ? Les 511 millions de dollars de réserve évoqués par Aziz sont à mettre sur le compte de l’une de ces nombreuses manœuvres par lesquelles l’on cherche à persuader (pas convaincre) les citoyens que le pays marche. On se dit que c’est le présent qui compte, pas le futur, proche ou lointain, où l’on peut miser sur une brusque amélioration de la situation du pays. Et parce que le président devait parler à ses concitoyens, parce qu’il fêtait l’An II de son investiture, tout devait baignait dans l’huile. Par un tour de passe-passe, les 287 millions d’USD se transforment en 511 millions de dollars (probablement avec l’incorporation des avoirs étrangers des entreprises publiques comme la SNIM et Mauritel !
Quoi qu’il en soit, on ne peut reprocher à un gouvernement de vouloir du bien pour ses gouvernés et pour lui-même. Mais la présentation de chiffres annonçant de belles perspectives économiques doit, aussi, se traduire, sur le terrain par du concret. Il ne faut pas que l’argent coule à flots, sans aucune incidence positive sur le vécu des mauritaniens dont le sort reste lié à l’exécution, hypothétique du reste, du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté 2011-2015, financés par des dons, des quasi dons et des crédits qui, même échelonnés sur une période de 40 ans dont 10 de période de grâce, et avec un taux d’intérêt de 1,75 %, sont tout de même une charge pour les générations futures.
Sneiba Mohamed
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