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Entre les Etats mauritanien et sénégalais, La vie reprend

jeudi 29 décembre 2011


Après plusieurs mois de froid glacial, marqué par de gros nuages dans le ciel de leurs relations, la Mauritanie et le Sénégal semblent reprendre le bon chemin. Celui de la raison et du bon sens.

Indice probant, une forte délégation, conduite par le ministre d’Etat sénégalais aux Affaires étrangères, maître Madické Niang, était à Nouakchott, la semaine dernière. Un voyage motivé par la réunion du comité paritaire pour le suivi des recommandations de la dixième session de la grande commission mixte de coopération entre les deux pays. A l’accueil, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Hamadi Ould Hamadi, accompagné de toute la crème de son département. Les deux parties ont discuté et sont parvenus à des points d’entente intéressants, lors de débats menés au Centre International des Conférences de Nouakchott (CICN-Palais des Congrès), pendant toute la journée du mercredi 21 décembre.

A cet égard, la déclaration, publiée à l’issue des travaux, est éloquente : « relance de la coopération économique, des échanges commerciaux ; collaboration, dans le domaine du développement rural et pastoral, de la pêche, des industries, de l’énergie, des mines ; coopération, dans le secteur des transports, du tourisme, de l’artisanat et de la santé ». Le même document prévoit, également, le renforcement de l’action commune, entre Nouakchott et Dakar, dans les domaines « administratif, sécuritaire, militaire, judiciaire, ainsi que dans l’enseignement, la jeunesse et des sports ». Autrement dit, tous azimuts.

Autre résultat : la libération de trente-trois ressortissants sénégalais, détenus dans une prison de Nouakchott, depuis le mois d’octobre dernier. Ces personnes avaient été arrêtées dans le sillage des manifestations du collectif « Touche Pas à Ma Nationalité (TPMN) » qui protestait contre l’enrôlement, « discriminatoire et raciste », selon lui, des populations. On avait accusé, alors, ces infortunés sénégalais d’être « les instigateurs » des journées de colère d’octobre 2011. Leur cas avait été au centre d’une vive polémique où TPMN et plusieurs ONGs réfutaient la thèse des autorités de Nouakchott, accusées, à leur tour, d’avoir kidnappé des étrangers sans lien avec les faits, en leur domicile ou leur lieu de travail. Leur libération, sans autre forme, de procès débarrasse l’Etat mauritanien d’une très gênante épine.

Au-delà de ces petites bisbilles mauritano-mauritaniennes, « tout est bien qui finit bien », selon l’expression consacrée, et la partie sénégalaise, « appréciant hautement le geste » de notre gouvernement, a, immédiatement, procédé au rapatriement des supputés « fauteurs de troubles ».

Incidences positives de la décrispation

L’embellie déroulée mercredi dernier suit des prémisses encourageantes, marquées par la reprise de la liaison aérienne Nouakchott/Dakar, grâce à un accord, signé par les gouvernements, au profit des compagnies Mauritania Airlines International (MAI) et Sénégal Airlines. On attend, maintenant, ses développements. Dès janvier 2012, le gouvernement mauritanien devrait procéder au renouvellement des licences de pêche accordées aux artisanaux sénégalais. Une bonne nouvelle et une mesure de bon sens, après les récents affrontements, entre garde-côtes mauritaniens et pêcheurs du quartier Guet-N’Dar de Saint-Louis, avec un bilan, regrettable, d’un mort et de plusieurs blessés. Côté mauritanien, les éleveurs bénéficieront d’une transhumance sans problèmes, lors d’une période de soudure 2012 qui s’annonce interminable, suite à la sécheresse de cette année. On attend, également, la levée de l’insoutenable blocus, au passage frontalier de Rosso, qui dure depuis plus de huit mois, causant de gros dommages aux transporteurs et usagers, tant mauritaniens que sénégalais.

Par ailleurs, la collaboration, dans les domaines militaire, sécuritaire, administratif et judiciaire, est dictée par un contexte géopolitique de plus en plus trouble, marqué par le développement, au Nord et à l’Est, du terrorisme d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). La menace, de plus en plus visible, d’une jonction avec la nébuleuse nigériane de Boko Haram – cette autre caricature infernale de notre religion bénie – tendant à élargir un cercle déjà fortement incandescent. Une dimension terroriste à laquelle il faut ajouter le récurrent crime transfrontalier.

La gestion de toutes ces considérations sécuritaires requiert une étroite coopération entre armées, polices et gendarmeries des Etats partageant un même espace géographique.

Serait-ce, enfin, la bonne occasion, pour ceux qui président au destin de nos pays, de se mettre au diapason de la proximité et des liens, inextricables, entre les peuples ; de chasser, à jamais, les vieux démons de la fin des années 80 ? Cet impératif est un vital enjeu politique, économique et social qui conditionne le quotidien du nombre incalculable de personnes traversant le fleuve Sénégal, dans un flux jamais interrompu. Pour vivre libres et heureux, consolidons nos liens. Tous nos liens.

Amadou Seck
Le Calame